Intelligence émotionnelle : 3 clés pour faciliter l’identification de nos émotions

3 clés pour faciliter l’identification de nos émotions

3 compétences à maîtriser pour être capable d’identifier avec précisions et nuance les émotions (au service de la vie et des relations)

1.Etre ouvert.e aux émotions pour les accepter et les accueillir 

L’émotion est une source capitale d’informations (par exemple, la culpabilité nous informe que nous nous sommes probablement mal conduits avec quelqu’un).

Si nous nous efforçons de nier, minimiser ou de supprimer l’émotion, nous allons éliminer le message véhiculé par celle-ci… mais cette négation ne changera rien à la situation (si nous nous sommes mal comportés, ignorer la culpabilité ne va rien changer à la situation). Pire, ignorer l’émotion empêche d’agir de manière appropriée (par exemple, aller nous excuser et réfléchir à des manières d’éviter ce type de comportement à l’avenir).

Les émotions sont à comprendre comme des signaux d’alarme indiquant qu’il y a un problème et qu’une action doit être entreprise pour le régler. Refouler les émotions est dangereux parce que cela conduit à se priver de messages envoyés par l’organisme au service de la vie (attirer l’attention sur des valeurs non respectés, sur des besoins non satisfaits, sur des actions qui dérangent, sur une inadéquation entre la réalité extérieure et la réalité corporelle..).

Être ouvert.e aux émotions signifie simplement accepter leur existence (sans les nier ou les minimiser) et prendre en compte l’information qu’elles apportent pour agir.

On pourrait comparer les émotions à un enfant qui pleure. Ce n’est pas parce que nous l’ignorons qu’il arrêtera de pleurer. Et s’il arrête, ce sera probablement pour faire une « bêtise » afin d’attirer notre attention d’une autre manière – à l’instar des émotions, qui choisiront d’autres voies (par exemple via la somatisation) pour se faire entendre.

On pourrait adopter une autre métaphore dans la même optique. Les émotions sont comme des personnes bloquées derrière une vitre. Si on les ignore, ces personnes vont taper plus fort contre la vitre et se mettre à crier plus fort pour se faire entendre et être libérées. Il en va de même pour les émotions.

 

2.Disposer d’un vocabulaire riche pour nommer les émotions selon leur nature et leur intensité

Disposer d’un vocabulaire riche permet de discriminer finement entre les différentes émotions que l’on éprouve.

Le langage ne permet pas seulement d’exprimer aux autres ce que l’on ressent, il est également indispensable à la compréhension personnelle de nos propres états émotionnels. Ce qui importe est qu’une personne ait à sa disposition un nombre suffisant de mots pour désigner l’ensemble des nuances de sa vie affective (selon l’intensité des émotions, selon leur valeur – désagréable/ agréable, douloureux/ positif, contraction/ expansion).

Bien qu’il n’existe pas réellement de consensus autour d’émotions primaires ou de base (en quelque sorte le vert, le bleu et le rouge à partir desquelles les autres couleurs ie les autres émotions se forment), certaines émotions se retrouvent dans presque toutes les théories émotionnelles :

  • colère
  • dégoût
  • joie
  • peur
  • surprise
  • tristesse

On pourrait ajouter dans ces émotions de base la honte, la confiance, l’amour (Plutchik, Elkman, Frederickson). A partir de ces émotions de base, on peut décliner des nuances selon l’intensité des émotions :

  • colère du moins au plus intense : contrariété, irritation, agacement, énervement, fureur…
  • dégoût : ennui, mépris, répulsion, répugnance…
  • joie : sérénité, enthousiasme, gratitude, émerveillement, excitation, extase…
  • peur : appréhension, crainte, effroi, terreur…
  • surprise : distraction, stupéfaction…
  • tristesse : souci, déception, chagrin, détresse, désespoir…
  • honte : faute, découragement, humiliation…
  • confiance : calme, détente, acceptation, optimisme, admiration…
  • amour : intérêt, bienveillance, attachement, passion, fusion…

Ces quelques propositions n’ont pas vocation à servir de référentiel mais seulement de points d’appui à partir desquels discuter, modifier, enrichir… L’idée est simplement d’avoir un support qui incite à raisonner en termes de nuances et d’intensité des émotions. Il est important de garder en tête que, quand on parle d’émotions, il n’y a pas de « il faudrait ressentir cela/ il ne faudrait pas ressentir cela ». Toutes les émotions sont à accueillir pour ce qu’elles sont, comme des messagères du corps au service de la vie. Charge à chacun.e de les identifier avec le plus de précision possible pour pouvoir décoder le message envoyé par le corps et utiliser l’énergie des émotions dans des actions qui servent la vie et les relations.

Par ailleurs, il est à noter qu’il existe des différences culturelles au niveau du vocabulaire émotionnel. Certaines émotions présentes dans notre culture ne se retrouvent pas dans d’autres. Les Esquimaux utka n’ont pas de mots pour nommer la colère et ne l’expriment pas. À l’inverse, des émotions absentes de notre culture sont présentes dans d’autres. Par exemple, l’amae est un terme présent dans la culture japonaise qui désigne une émotion qui correspond à l’attachement, au fait de se livrer à l’autre. Verguenza ajena est un mot employé en Espagne et décrit une émotion que l’on peut ressentir lorsque quelqu’un fait preuve d’un comportement inadéquat.

On pourrait alors imaginer d’inventer des mots pour décrire nos propres états émotionnels quand nous sommes à court de mots du vocabulaire connu (par exemple, la tristitude pour évoquer la tristesse et la solitude en même temps). Encore une fois, en termes d’émotions, tout est question de ressenti personnel : qu’est-ce qui sert au mieux la vie, l’élan vital ?

 

3.Utiliser les différents composantes de l’émotion pour l’identifier précisément

Scherer définit l’émotion comme un système à plusieurs dimensions :

  • les pensées suscitées par la situation.

Selon les théories de l’évaluation cognitive, l’émotion ressentie par une personne dépend de l’évaluation qu’elle fait de la situation sur différents critères :

-la nouveauté (elle correspond à l’évaluation du caractère nouveau ou inhabituel d’un stimulus),

-l’agrément intrinsèque (qui repose sur l’évaluation du caractère agréable ou désagréable du stimulus),

-la pertinence par rapport aux buts et besoins de l’individu (l’évaluation de l’opportunité de l’événement en termes de besoins, de buts),

-le potentiel de maîtrise (dans quelle mesure puis-je faire face à la situation ?)

-l’accord avec les standards (dans quelle mesure les actions et les conséquences des émotions face à la situation sont-elles en accord avec les standards internes – personnels – et externes – normes sociales – de l’individu ?).

L’idée principale des théories de l’évaluation est que les émotions sont produites et différenciées à partir de l’évaluation cognitive que l’individu fait de la situation. C’est donc notre évaluation cognitive, nos pensées sur l’événement, qui produit une émotion spécifique et c’est ce qui explique que deux individus puissent ressentir des émotions différentes en réponse à une situation identique.

 

  • les modifications biologiques/ expressives.

Les recherches n’ont pas encore permis d’affirmer qu’il existe une configuration typique et spécifique des paramètres physiologiques propres à chaque émotion (deux personnes en colère face à un même événement peuvent avoir des réactions physiologiques différentes et, dans une même situation répétée, une même personne peut avoir des réactions biologiques différentes).

Il semble que les émotions désagréables soient caractérisées par une activation du système nerveux autonome plus importante (rythme cardiaque plus élevé, pression sanguine supérieure, pupilles dilatées, visage crispé, poings serrés, etc.) que les émotions agréables.

Plutôt que d’imposer des modèles (exemple : quand on ressent de la colère, la rythme cardiaque s’élève), on pourra alors se centrer sur ce qu’on ressent à l’intérieur pour soi : où est-ce que ça se passe dans le corps ? comment ça fait ?

Chaque personne pourra alors utiliser ses propres indices corporels pour qualifier ses états émotionnels.

 

  • les tendances à l’action.

Identifier nos tendances à l’action peut aider à identifier nos émotions. Par exemple, une envie de fuir peut signaler de la peur ou de la honte; une envie de frapper peut signaler une colère intense.

Tant le désir de passer à l’action que l’action effectuée peuvent servir d’indicateurs de l’émotion que nous ressentons.

 

  • l’expérience subjective.

Notre propre ressenti est un bon indicateur de l’émotion ressentie, de sa valeur (agréable/ désagréable), de sa charge corporelle (expansion/ contraction), de son intensité (ses nuances). Nous pouvons faire confiance au corps pour trouver des solutions à nos problèmes.

Bernadette Lamboy, docteure en psychologie et formatrice en Focusing, affirme qu’il existe un lieu en deçà de la pensée, des émotions et des réactions corporelles. Avec le Focusing, on cherche justement à entrer en contact avec ce « lieu », cette « sensibilité » qui dépasse les catégories mentale, émotionnelle et corporelle.

En Focusing, ce « lieu, cette « sensibilité » s’appelle le sens corporel parce qu’il se donne dans le corps. Ce sens corporel tel que développé dans le Focusing est proche d’un sixième sens, de l’intuition. Il y a en nous quelque chose qui « sait ». Ce savoir ne repose pas sur des élaborations mentales (=des pensées) mais sur une perception globale, vague vécue dans le corps; sur une expérience ressentie du « tout » de la situation.

Le plus souvent, ce sens corporel vague, flou nous échappe et le Focusing apprend à justement reprendre contact avec lui et le conscientiser en le laissant se préciser et se définir.

Dans le sens corporel, tout est là, rassemblé dans l’expérience sensible : il véhicule implicitement toute une gamme d’émotions, de pensées, les expériences antérieures, nos croyances à ce sujet ou nos espoirs, nos tentatives de solutions, nos ressources nouvelles. – Bernadette Lamboy

C’est parce que le sens corporel rassemble ce qui est implicitement disponible qu’il se manifeste par une sensation particulière à la fois vague et floue, un « feeling » (ne dit-on pas justement « je ne  le sens pas » dans une situation où l’on sent de l’inconfort, de l’appréhension ?).

 

Ainsi, ces différentes dimensions (pensées, sensations physiologiques, tendances à l’action, « feeling ») peuvent être vues comme des portes d’entrée pour nous aider à identifier les différents états émotionnels dans lesquels nous nous trouvons.

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Source : Les compétences émotionnelles de Moïra Mikolajczak, Jordi Quoidbach, Ilios Kotsou, Delphine Nelis (éditions Dunod). Disponible en médiathèque, en librairie ou sur internet.

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