La timidité : la comprendre pour l’apprivoiser et en faire une force

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La timidité : la comprendre pour l’apprivoiser et en faire une force

Les caractéristiques des timides

Certifiée en hypnose Ericksonienne et en sophrologie, Cécile Marguin est thérapeute de l’école Palo Alto (thérapie brève). Elle a consacré un ouvrage à l’accompagnement de la timidité dans les thérapies brèves.

Les timides ressentent un mélange d’émotions douloureuses, de honte et de peur, parfois de culpabilité et de tristesse. Ces émotions douloureuses génèrent une hyper focalisation sur eux-mêmes et des croyances qui entraînent des comportements d’évitement, de demande d’aide ou de contrôle (des émotions, des sensations corporelles, des pensées).

Les personnes timides ont peur du jugement des autres et surtout des critiques. Ils ont le sentiment d’être incompétent et indignes d’intérêt, d’admiration, d’amitié et même d’amour. Le regard des autres posé sur eux est très douloureux. Ils sont ainsi très vulnérables et redoutent par-dessus tout que leurs émotions (honte, peur) soient découvertes.

Les manifestations corporelles, comportementales et cognitives de la timidité

Les symptômes physiques de la timidité peuvent être variés : tremblements, rougissements, bégaiements, sueurs, palpitations cardiaques, impression d’évanouissement, maux de ventre et bien d’autres signes encore. Les timides essayent souvent de contrôler ces symptômes pour les faire disparaître.

Les timides anticipent les situations qui pourraient mal tourner. Ces situations sont identifiées par la pensée selon laquelle ils ne trouveront sans doute pas ce qu’il faut dire, ni le geste qu’il faut faire, ni la contenance qu’il faut prendre.

Pour certains timides, le simple fait de se remémorer une situation qui les a mis mal à l’aise, génère à nouveau pratiquement le même inconfort (sensations, émotions pensées) que celui vécu la première fois. En effet leurs pensées tournent en boucle toute la journée en se remémorant la situation gênante, ce qu’ils n’auraient pas dû dire, pas dû faire, pas dû ressentir et ce qu’ils auraient dû dire et faire.

Timidité et introversion : des différences

Les timides ne sont pas forcément introvertis. Les introvertis sont certes est réservés, mais ne prêtent pas attention à ce que les gens pensent d’eux. Bien des introvertis ne sont pas timides ; ils sont parfaitement confiants et détendus dans des situations sociales, mais ont également besoin de moments de solitudes pour trouver l’équilibre.

 

Les difficultés liées à la timidité

Les frustrations engendrées par la timidité peuvent générer un manque de courage, un manque de cohérence ou une misanthropie.

Une forte timidité ralentit les projets.

La timidité fait parfois accepter l’inacceptable. Certaines personnes timides sont capables d’aller loin pour faire ce qu’on leur demande, quitte à se perdre. Quand c’est le cas, la culpabilité de ne pas avoir respecté ses valeurs s’installe. La confiance en soi diminue encore et la timidité augmente. Un cercle vicieux se met en place dans lequel le timide s’épuise et souffre.

La timidité amoureuse implique la diminution ou l’impossibilité d’avoir une relation intime avec une autre personne. Elle génère un degré d’inhibition et de réticence avec les partenaires potentiels suffisamment grave pour rendre impossible la formation d’un couple, vis-à-vis de la personne objet d’attraction. Les « timides amoureux » perdent tous leurs moyens et ne savent pas comment s’y prendre.

 

Les forces de la timidité

Être timide n’est pas forcément un désavantage. La timidité permet par exemple de développer le sens de l’observation.

Certains timides n’ont aucun souci avec leur timidité. Ils savent surmonter les handicaps liés à la timidité et savent transformer la timidité en force, en trésor : la qualité d’écoute, le ressenti, l’empathie.

Les timides qui ont réussi à apprivoiser leur timidité ne passent pas leur temps à parler à tort et à travers. Ils écoutent. Et c’est justement leur force.

Ils sont plus capables que la moyenne de se connecter à une autre personne, entrevoir ses émotions et pratiquement les ressentir.

Cécile Marguin écrit que, dans certains cas, au fur et à mesure de l’avancement de la thérapie, les patients se rendent compte qu’ils auraient même beaucoup à perdre en se débarrassant de leur timidité…

 

Les tentatives (souvent inefficaces et sources de souffrance) pour faire face à la timidité

Évitement

Le timide, pour qui la moindre situation un tant soit peu inconfortable est un supplice, va être tenté d’éviter au maximum toute situation qui puisse se montrer potentiellement « risquée ».

Le problème est que c’st justement cet évitement qui démontre les dangers de la situation évincée et renforce la tendance à l’évitement suivant.

Plus les timides évitent d’entrer en relation, moins ils participent à des interactions, plus ils imaginent que celles-ci peuvent être douloureuses ou dangereuses, ce qui les incite à encore plus les éviter. Ils entrent alors dans une spirale d’évitements progressifs qui engendre l’augmentation de la suspicion quant à leurs propres capacités, mais aussi celle de la réaction phobique. – Cécile Marguin

Demande d’aide

Les personnes timides peuvent vouloir être accompagnées et aidées par un proche qui sera prêt à intervenir en cas de perte de contrôle, de malaise, ou de crise de panique.

Le fait même d’avoir besoin de quelqu’un confirme au timide qu’il est incapable de faire face aux situations et à gérer ses réactions. Par conséquent, la personne finit par ne plus être capable de faire quoi que ce soit seule. – Cécile Marguin

Contrôle des émotions et du corps

Les timides ont bien souvent la croyance qu’ils ne devraient pas éprouver de peur ou de honte, qu’ils ne devraient pas rougir ou bégayer. Or, c’est justement cette croyances qui les fait souffrir.

Quand une personne handicapée par sa timidité parvient à assouplir ses croyances, elle accepte de ressentir ce qu’elle ressent sans se juger.

La personne qui rougit mais qui prévient ses interlocuteurs, sur le mode de l’humour, ‘attention je vais rougir; feu rouge, interdiction de passer ! » ne souffrira pas de ses rougissement. Moins elle cherchera à contrôler ses rougissements, moins elle rougira dans les faits.

Quiconque en effet, se met à vouloir dompter des attitudes qui ne dépendent pas de la volonté, mais de ce que nous appelons le processif, c’est à dire ce qui est relatif au corps, aux désirs, aux sensations, finit par les faire advenir précisément au cours de la tentative faite pour les contrôler.  – Cécile Marguin

 

Thérapie brève et timidité

Les principes de la thérapie brève

La thérapie brève part du principe que c’est très souvent, ce que nous mettons précisément en œuvre pour résoudre un problème et apaiser une souffrance qui non seulement entretient le problème, mais augmente en plus la souffrance qui y est associée. La thérapie brève et stratégique va donc tenter d’aider la personne qui souhaite moins souffrir, à stopper ces vains ou aggravants comportements, qui n’ont pour conséquence que d’alimenter le problème qu’ils sont pourtant censés résoudre.

Le travail des thérapeutes va alors consister à investiguer dans le quotidien des patients pour comprendre ce qu’ils mettent en œuvre pour résoudre leur problème et qui, non seulement ne le résout pas, mais l’aggrave.

L’idée est de changer la façon de faire et d’agir des personnes timides, pas qui elles sont. Ainsi « lunettées », elles voient le monde d’une manière différente.

la thérapie brève et stratégique nous amène à assouplir les croyances, et donc les agissements de nos patients, en les invitant à emprunter une voie opposée à ce qui, jusque-là, a magnifiquement dysfonctionné. – Cécile Marguin

La perception erronée commune à de nombreuses personnes timides

Les timides ont souvent une perception erronée de ce qu’est une personne confiante, charismatique et sûre d’elle (sans pour cela visiblement faire un quelconque effort). Ils opèrent alors une comparaison entre ce « modèle » et ce qu’ils ressentent eux, dans des situations stressantes.

Les timides s’accrochent souvent à ce qu’il serait « normal » (dans leurs croyances) de ressentir, c’est-à-dire de la sérénité et de la confiance en soi.

Ils essaient à tout prix d’être dans des sensations différentes des leurs, ce qui, précisément, génère de la souffrance. Or quiconque essaie de ressentir l’inverse de ce qu’il ressent est toujours en échec.

La thérapie brève amène les patients à faire des expériences nouvelles qui leur permettent d’arrêter d’alimenter le cercle vicieux de la souffrance, en proposant de nouvelles régulations allant à l’inverse de ce qu’ils ont mis en place auparavant.

Ainsi, une personne qui craint le regard des autres dans la rue ou dans les magasins peut être amené à relever un défi pour qu’elle se concentre sur les actions à faire plutôt que sur le regard des autres, à écrire sur un carnet toutes ses émotions, pensées et sensations lors de la situation stressante pour les vivre complètement plutôt que les maîtriser, à imaginer les pires des pires scénarios possibles liés à la timidité et s’y confronter en imagination, donner rendez-vous à la timidité en s’adressant à la timidité (« non, là, ce n’est pas l’heure de la timidité, reviens me voir à 18h30 ce soir et tu me diras tout ce que tu as à me dire ! »).

Les inconvénients à changer

Changer de perceptions, de croyances et de comportements n’est pas facile. Il existe des inconvénients à l’amélioration.

Renoncer à tout ce que l’on a mis en place depuis longtemps est difficile. C’est un peu comme perdre une partie de soi, parce que c’est souvent une façon d’être au monde qui nous a structurés. – Cécile Marguin

Les timides handicapés par leur timidité doivent accepter les inconvénients du changement s’ils veulent se sentir mieux durablement. Par exemple, une personne trop timide pour prendre en charge des dossiers difficiles, prendre la parole en réunion et présenter des résultats peut être plus sollicitée par son chef si elle se met plus en avant. Sa charge de travail risque de s’accroître ainsi que ses responsabilités : elle va gagner en confiance mais perdre en tranquillité…

 

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Source : A visage découvert : Dépasser la timidité et la peur des autres avec les méthodes de l’école de Palo Alto de Cécile Marguin (Enrick B. Editions)

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