Le syndrome de l’imposteur : le comprendre pour le dépasser

comprendre syndrome de l'imposteur

Comprendre le syndrome de l’imposteur

Dans son roman coach Le premier jour de ma nouvelle vie, Marie Laure Cuzacq aborde le sujet du syndrome de l’imposteur (étonnamment, après recherche, il semble ne pas y avoir d’équivalent féminin).

Savoir profiter de ses réussites est en effet tout aussi essentiel que réagir constructivement à un échec. Or cela présuppose de reconnaître ses réussites et ses qualités à leur juste valeur (sans fausse modestie ni ego démesuré). Cela n’empêche en rien d’être dans une démarche de progression et d’apprentissage mais permet de générer des émotions positives et de savoir sur quels piliers s’appuyer en cas de difficultés.

Le syndrome de l’imposteur est cette sensation de ne pas comprendre, voire de ne pas être d’accord, avec les compliments que les autres peuvent nous faire; de douter de nos compétence (même quand d’autres nous les attribuent volontiers). Le syndrome de l’imposteur touche en priorité les personnes avec une estime de soi faible et est souvent couplé à un état d’esprit pessimiste. Le problème ne réside pas dans les compétences mais dans la vision que la personne a d’elle-même, dans le sentiment de légitimité.

Un imposteur est considéré comme une personne qui cherche à tromper d’autres personnes en se faisant passer pour ce qu’il n’est pas.

Marie Laure Cuzacq écrit que le syndrome de l’imposteur a été diagnostiqué pour la première fois dans les années soixante-dix et semble toucher plus volontiers les femmes que les hommes. Les personnes atteintes du syndrome de l’imposteur pensent qu’elles ne méritent pas le succès et qu’elles ne seront jamais assez compétentes, qu’elles n’auront jamais assez appris pour assurer leur rôle, leur mission. Elles se percoivent réellement comme des imposteurs, des menteurs, des arnaqueurs et vivent avec la peur d’être démasquées !

On peut voir dans l’origine du syndrome de l’imposteur des facteurs liés à l’éducation :

  • les stéréotypes liés au genre (une étude américaine récente a montré que, dès 6 ans, les filles se croient moins brillantes que les garçons :  il s’agit de préjugés inconscients enracinés dans des stéréotypes sur les hommes et les femmes dans notre société),

 

  • le style de parentalité dans l’enfance (des parents qui encouragent la persévérance plutôt que la simple réussite, qui envisagent l’échec comme un levier de progrès, qui permettent de faire l’expérience de l’autonomie et du pouvoir personnel limitent la probabilité de développer un syndrome de l’imposteur),

 

  • l’origine sociale et économique (une personne issue d’un milieu modeste, ayant un niveau d’instruction faible, ou ne détenant pas le « bon » diplôme pour exercer son métier a plus de chance de développer un syndrome de l’imposteur),

 

  • les expériences personnelles vécues (humiliations à l’école, honte suite à un échec dans l’enfance…),

 

  • le degré de pessimisme des parents (Martin Seligman, chercheur américain en psychologie, écrit dans livre L’école de l’optimisme que l’optimisme est héréditaire dans une proportion de moins de 50%.)

Les conséquences du syndrome de l’imposteur empêchent de profiter pleinement des réussites mais ont également un impact sur le bien être en provoquant des émotions désagréables (honte, peur, culpabilité…) et neutralisant les émotions positives liées à la conscience de la progression personnelle, des apprentissages réalisés, des bienfaits de nos actions sur les autres. Les personnes souffrant d’un syndrome de l’imposteur sont caractérisées par le fait de :

  • éprouver de la honte ou de la gêne à parler de leur carrière,
  • cacher leurs réussites pour ne pas voir l’air de se vanter,
  • attribuer les réussites à la chance ou au hasard,
  • attribuer leurs échecs à l’absence de valeur personnelle,
  • éprouver du malaise quand elles sont complimentées/ félicitées.

Dépasser le syndrome de l’imposteur

Noter trois choses minimum que nous avons bien faites dans la journée tous les soirs

Le but de cet exercice est de prendre conscience qu’on réussit tous et toutes des choses, même petites, tous les jours. Ces petites (ou grande) réussites peuvent illuminer la journée et donner du carburant pour affronter de futurs défis.

Accepter les compliments

Nous avons presque tous du mal à accepter des signes de reconnaissance positifs. Claude Steiner, psychologue et spécialiste de l’Analyse Transactionnelle, dit même que nous avons tous (ou presque) une voix dans notre tête qui nous empêche d’avoir des pensées positives sur nous-mêmes (et même souvent sur les autres). Cette voix donne des raisons pour ne pas donner ou recevoir des signes positifs de reconnaissance : ce tyran impitoyable est appelé « Parent normatif » en Analyse Transactionnelle. Ce Parent normatif est un amalgame de toutes les critiques que nous avons reçues enfant, à la maison, à l’école et ailleurs. Le Parent normatif cherche à priver la personne de signes de reconnaissance mais il est possible de reconnaître et mettre hors d’état de nuire le Parent normatif qui attaque non seulement notre propre estime de soi mais également celle de notre entourage quand nous les critiquons de la même façon. Pouvoir accepter des signes de reconnaissance positifs commence d’ailleurs peut-être par le fait d’être capable d’en donner avec sincérité et sans gêne ou peur de paraître faible ou ridicule !

Quelques pistes pour accepter les signes de reconnaissance positifs :

  • cesser de se dénigrer même quand on nous dit quelque chose de positif (reconnaître la voix du Parent normatif et la mettre sur pause)
  • éviter les projections (arrêter de penser à la place des autres et lui prêter des intentions de manipulation par exemple)
  • se satisfaire des résultats mais également du processus (être conscient des efforts fournis et du résultat produit)
  • remercier et sourire pour s’imprégner vraiment des émotions positives générées par des compliments reçus
  • demander des explications si la voix du Parent normatif ne se tait pas et fait douter du bien fondé du compliment : « quand tu dis que_____, qu’est-ce que tu aimé particulièrement ? quels éléments te font dire ça ? »
  • retourner le compliment (même si un compliment honnête est un don et n’appelle pas de contre partie, retourner le compliment peut avoir plusieurs bénéfices : générer des émotions positives partagées, renforcer les liens avec la personne, faire taire la voix du Parent normatif qui dit qu’on doit être redevable de ce qu’on reçoit)

Développer un état d’esprit de développement

Nous utilisons (adultes et enfants) trois dimensions pour expliquer les causes des événements positifs ou négatifs qui nous arrivent :

  • la permanence,
  • l’omniprésence,
  • la personnalisation.

Il s’agit de travailler sur chacun de ces dimensions :

  • la permanence : attribuer un caractère temporaire à la cause des événements (la cause de l’échec est modifiable ou transitoire),
  • l’omniprésence : l’événement négatif est ciblé (la cause de l’échec ne touche que quelques situations),
  • la personnalisation : attribuer un caractère impersonnel à la cause des événements (la cause est liée à des circonstances particulières).

Il est possible de travailler sur la transformations des pensées « permanentes » en pensées « temporaires ». Quand on croit que la situation est provisoire et modifiable, on se sent dynamisé et on s’efforce de trouver une façon de la changer. Par ailleurs, identifier tous les facteurs qui ont contribué à un problème en particulier permet de le résoudre en se focalisant sur les aspects qu’on peut contrôler et le futur : les efforts et le travail permettent de surmonter les difficultés, il est toujours possible d’adapter de nouvelles stratégies quand une de nos options ne fonctionnent pas.

Cultiver l’optimisme

La bonne nouvelle est que le pessimisme se combat et que l’optimisme s’apprend. L’optimisme ne repose pas sur des phrases positives ou des images de victoires mais sur la façon dont on considère les causes des événements qui nous arrivent.

Pour ce faire, Martin Seligman propose le modèle ABC (Adversity-Belief-Consequence). Le A représente l’élément déclencheur de pensées et émotions négatives, le B les croyances et l’interprétation de la situation, le C les conséquences émotionnelles (la façon dont on se sent et se comporte face à l’événement déclencheur).

Un biais de confirmation pousse les gens à ne voir que la preuve qui confirme l’opinion qu’ils se font d’eux-mêmes et du monde. Ce biais de confirmation renforce les croyances pessimistes. Le modèle ABC sert à le remettre en question. Un tableau ABC comporte 3 colonnes : événements déclencheurs, croyances, conséquences. Une fois que les 3 colonnes sont remplies, il s’agit de relier chaque émotion et chaque action à une croyance qui explique pourquoi nous avons réagi ainsi.

 

Ces manières d’envisager ce que nous faisons (être conscient de nos efforts, accepter les compliments, faire taire la petite voix interne, raisonner en termes de travail et de stratégies) permet de prendre conscience que nos réalisations sont le réel fruit d’un travail (et pas de la chance) et qu’elles peuvent être reconnues par d’autres comme remarquables, tout en ayant un tête que rien n’est figé, qu’on peut toujours apprendre de soi et des autres (limitant ainsi les risques de vanité et de repos sur ses lauriers).

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Source : Le premier jour de ma nouvelle vie de Marie-Laure Cuzacq (édtions ESI Romans).

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