Changer notre conception de l’amour : de l’amour fou à une oeuvre d’art collaborative

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Changer notre conception de l’amour : de l’amour fou à une oeuvre d’art collaborative

Les métaphores qui parlent d’amour posent problème

Mandy Len Catron est linguiste et explore la manière dont nous parlons de l’amour, notamment à travers les métaphore. La manière dont nous parlons de l’amour traduit et influence la manière dont nous concevons (et vivons) l’amour.

Elle a remarqué que dans de nombreuses langues (et notamment en français et en anglais) les métaphores les plus fréquemment utilisées pour parler d’amour sont un problème. Elles assimilent l’expérience d’aimer quelqu’un à de la violence extrême ou à une maladie. Or les métaphores façonnent notre expérience du monde et peuvent même servir de guide pour nos actions futures, comme des prophéties auto-réalisatrices.

En amour, nous tombons. Nous sommes foudroyés. Nous attrapons le béguin. Nous défaillissions. Nous brûlons de passion. L’amour nous rend fou et il nous rend malade. Notre cœur se languit puis se brise. Nous sommes épris (participe passé du verbe « s’éprendre » qui signifie en même temps  « être atteint d’une affliction sévère » et « être très amoureux ».)

Mandy Len Catron se demande comment nous en sommes venus à associer l’amour à beaucoup de douleur et de souffrance, à une chose dont nous serions les victimes.

Amour, folie et souffrance : indissociables ?

La linguiste se concentre sur une métaphore en particulier : l’idée de l’amour comme étant une folie. L’histoire de la culture occidentale est pleine d’expressions qui assimilent l’amour à une maladie mentale. Voici quelques exemples : William Shakespeare : « L’amour est simplement folie » ou Friedrich Nietzsche : « Il y a toujours un peu de folie dans l’amour. » Mandy Len Catron affirme que, selon Wikipedia, il y a 8 films, 14 chansons, 2 albums et un roman dont le titre est « Amour fou ».

Ces expressions nous mènent à croire que amour et souffrance sont indissociables, que nous « devons » être malheureux pour être vraiment amoureux, qu’un couple qui ne se déchire pas n’est pas vraiment amoureux.

C’est vraiment de la folie car il n’y a pas de règle cosmique qui dit qu’une grande souffrance égale une grande récompense mais nous parlons d’amour comme si cela était vrai. – Mandy Len Catron

Tout se passe comme si le fait de vivre des expériences dramatiques légitimait les sentiments éprouvés. D’une certaine manière, on veut se sentir un peu fou car on est convaincu que c’est ainsi que l’amour fonctionne.

Nos expériences de l’amour sont à la fois biologiques et culturelles

Neurochimie de l’amour

La plupart d’entre nous sont un peu fous lors des débuts d’un amour romantique. En fait, des recherches confirment que cela est plutôt normal car, d’un point de vue neurochimique, l’amour romantique et la maladie mentale sont difficiles à différencier. Une étude de 1999 a utilisé des prises de sang pour confirmer que les niveaux de sérotonine des jeunes amoureux ressemblaient beaucoup aux niveaux de sérotonine des gens à qui on avait diagnostiqué un trouble obsessionnel compulsif.

Par ailleurs, de faibles niveaux de sérotonine sont aussi associés au trouble affectif saisonnier et à la dépression. Il y a donc des preuves du lien entre l’amour et des changements d’humeur et de comportement.

La bonne nouvelle est que cela ne dure pas forcément longtemps, en général de quelques mois à quelques années.

La conception de l’amour s’inscrit dans une culture

Notre biologie nous dit que l’amour, c’est bien, en activant ces circuits de récompense dans notre cerveau et elle nous dit que l’amour fait mal quand, après une dispute ou une rupture, la récompense neurochimique nous est retirée.

Puis notre culture utilise le langage pour façonner et renforcer ces idées sur l’amour. L’amour est puissant et parfois douloureux et nous l’exprimons dans nos mots et nos histoires puis nos mots et histoires nous préparent à ce que l’amour soit puissant et douloureux.

Or ce mécanisme se produit dans une culture de monogamie à vie si bien que nous voulons le beurre et l’argent du beurre : que l’amour soit comme une folie ET qu’il dure toute une vie !

Une nouvelle métaphore pour parler d’amour

Pour réconcilier cela, Mandy Len Catron propose de changer notre conception de l’amour, en commençant par le langage.

Au lieu de tomber amoureux, nous pourrions marcher vers l’amour. Dans « Les métaphores dans la vie quotidienne », les linguistes Mark Johnson et George Lakoff suggèrent une nouvelle métaphore pour l’amour : l’amour en tant qu’œuvre d’art collaborative.

Johnson et Lakoff parlent de tout ce que la collaboration sur une œuvre d’art entraîne : des efforts, des compromis, de la patience, des objectifs partagés.

Si l’amour est une œuvre d’art collaborative, alors l’amour est une expérience esthétique. L’amour est imprévisible, l’amour est créatif, l’amour requiert communication et discipline, il est frustrant et exigeant d’un point de vue émotionnel. L’amour implique à la fois de la joie et de la douleur. Finalement, chaque expérience de l’amour est différente. – Mandy Len Catron

Ainsi, nous pourrions recadrer l’amour comme étant une chose que nous pouvons créer avec quelqu’un que nous admirons plutôt que quelque chose qui nous arrive sans que nous ne le contrôlions. Nôtre rôle dans une relation amoureuse change : il devient celui de parler au/ à la partenaire de ce que nous voulons que nous faisions ensemble. Dans cette version de l’amour, il n’est plus question de gagner ou de perdre l’affection de quelqu’un. Cela nécessite plutôt de faire confiance à l’autre, de parler des choses quand il est difficile de faire confiance, d’arrêter de penser à soi et à ce qu’on gagne ou perd dans cette relation pour commencer à penser à ce qu’on a à offrir.

Cette version de l’amour nous permet de dire : « Nous ne collaborons pas bien. Ce n’est peut-être pas pour nous. » Ou « Cette relation a été plus courte que prévue mais était quand même belle. » Ce qui est beau dans l’œuvre d’art collaborative est qu’elle ne se peindra, ne se dessinera, ne se sculptera pas seule. Cette version de l’amour nous permet de décider à quoi il ressemble. – Mandy Len Catron

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Source : Ted A better way to talk about love de Mandy Len Catron

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