Ce qui amène à croire aux théories du complot et les conséquences de ces croyances (personnellement et collectivement)

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Anthony Lantian est actuellement maître de conférences en psychologie sociale à l’Université Paris Nanterre et a rédigé sa thèse de doctorat sur la psychologie des croyances aux théories du complot.

Dans son livre Croyez-vous aux théories du complot ?, il écrit que les personnes qui viennent à croire aux théories du complot ne le font pas sous le seul motif d’une recherche de vérité. La psychologie (vision du monde, personnalité, besoins, etc.) est intrinsèquement liée aux croyances adoptées.

Ce qui amène à croire aux théories du complot

Croire aux théories du complot pour donner du sens à sa vie

Nous vivons dans un monde qui génère beaucoup d’incertitudes. Entre les crises économiques et écologiques, les attaques terroristes et informatiques, les crises sanitaires et accidents du quotidien, la seule chose dont nous pouvons être certains, est que des événements négatifs vont nécessairement arriver quelque part dans le monde. Et si c’était précisément ce sentiment d’incertitude et de manque de contrôle qui expliquerait en partie la formation et le maintien des croyances aux théories du complot, à la manière d’un remède ? – Anthony Lantian

Lantian rappelle que donner un sens à sa vie, est un besoin tout aussi fondamental que le besoin de certitude et de contrôle. Il explique que les croyances aux théories du complot a un rôle psychologique dans la personnalité des personnes qui s’y accrochent : elles apportent des certitudes, du contrôle et du sens. Cette affirmation me fait penser au modèle du stress développé par Sonja Lupien, neuropsychologue. Cette dernière a conçu le modèle SPIN, chaque lettre correspondant à un facteur important de stress :

  1. Sens du contrôle diminué
  2. Personnalité menacée
  3. Imprévisibilité
  4. Nouveauté

Ainsi, croire aux théories du complot reviendrait à se rendre capable de maîtriser ces facteurs de stress pour maintenir sa santé mentale.

Un besoin de se sentir unique et spécial

Anthony Lantian écrit que les personnes qui recherchent intensément à se distinguer des autres ont tendance à ressentir une forte attraction envers ce qui est présenté comme secret ou inaccessible. On retrouve d’ailleurs souvent cet argument selon lequel les personnes qui n’adhèrent pas aux théories du complot sont des « moutons », des masses « manipulées ».

Cela explique d’ailleurs le succès du livre de Rhonda Byrne faisant la promotion de la loi de l’attraction et de la pensée positive intitulé Le Secret (ce titre n’étant probablement pas choisi par hasard).

Pour aller plus loin sur ce sujet de la loi de l’attraction : Le mythe de la pensée positive (ou loi de l’attraction)

Avec plusieurs collaborateurs, Anthony Lantian a mené des études pour tester l’hypothèse selon laquelle l’importance du besoin de se sentir unique est corrélée avec les croyances aux théories du complot. Ils ont observé que les personnes qui croient le plus aux théories du complot développent un besoin de singularité, et ont également une plus grande tendance à se considérer comme détentrices d’informations rares et secrètes à propos de complots supposés.’

D’autres études ont montré que la présentation d’une théorie du complot comme peu partagée augmente son aura auprès des conspirationnistes.

Une tendance à voir de l’intentionnel de manière exagérée (sans prendre en compte l’hypothèse de l’accidentel)

Anthony Lantian cite un autre déterminant psychologique des personnes croyant aux théories du complot : par défaut, elles estiment qu’une action (présentée comme volontairement ambiguë) a été réalisée intentionnellement plutôt qu’accidentellement.

Lantian rappelle que le fait d’attribuer une intention à des attitudes a initialement une valeur adaptative (ex : savoir si une personne nous veut du mal et nous permettre de fuir).

Dans le cadre des théories du complot, le fait de suspecter prioritairement des causes intentionnelles au détriment de causes accidentelles est un exemple typique de dérive de ce système, initialement adaptatif. – Anthony Lantian

Les conséquences des croyances aux théories du complot

Des conséquences politiques, médicales et sociales

Anthony Lantian estime que, au vu des conséquences négatives qui en découlent, il semble naturellement souhaitable de chercher à réduire ces croyances. Non dans l’optique de les réduire à néant pour la simple raison qu’elles sont liées aux théories du complot, mais au vu des conséquences négatives qu’elles impliquent (santé, politique, protection de l’environnement, rejet et racisme notamment). Croire aux théories du complot peut amener à refuser de croire au dérèglement climatique, à mener des raids contre les Roms au motif qu’ils enlèvent des enfants pour les revendre ou encore à voter pour des personnes qui mentent sciemment.

La pensée critique semble être un outil efficace pour remettre en cause des croyances et savoir reconnaître les arguments fallacieux, croiser les sources, remettre les informations dans leur contexte, se méfier des biais cognitifs qui nous concernent tous. Nous aimons croire que nos croyances et opinions sont justifiées car il est désagréable d’avoir tort (même quand nous ne disposons que d’informations partielles et/ou de connaissances très limitées sur un sujet).

Pour aller plus loin : Formation de l’esprit critique : des outils de flexibilité mentale et de résistance aux infox et théories du complot

Quand une croyance devient une prison idéologique

Ilios Kotsou, docteur en psychologie et spécialiste de l’intelligence émotionnelle, regrette que les croyances en une pensée magique (et on pourrait ajouter en une théorie du complot du type « big pharma ») soient à même de susciter des attentes de guérison irréaliste qui peuvent amener une personne malade à négliger ou abandonner un traitement prescrit par un médecin.

Une pensée, une croyance, quand elle est prise au pied de la lettre, influence et modifie la perception de la réalité ainsi que nos comportements. Être en fusion avec nos pensées rétrécit nos possibilités et entrave nos choix.

Croire aux idéologies peut nous aveugler au risque de ne plus nous permettre de prendre le recul nécessaire face à nos émotions et à nos pensées. – Ilios Kotsou

De plus, Ilios Kotsou rappelle que nous souhaitons tous avoir un sentiment d’identité positif, stable et sécurisant (théorie de l’identité sociale). Cela nous amène à valoriser et à défendre ce dont cette identité dépend (groupe d’identification, idées, objets matériels symboles d’appartenance…). Cette défense se fait malheureusement souvent au détriment de celles et ceux qui n’en font pas partie ou qui n’adhèrent pas à cette idée.

Ainsi, Ilios Kotsou nous avertit des dangers de ce « nombrilisme » : plus nous nous identifions à quelque chose, plus cette chose nous fige, clôt notre identité à quelques descriptions limitées de nous-même, nous enferme et nous coupe des expériences contradictoires et des apprentissages que nous pourrions en faire. Cela revient à nous accrocher à l’histoire que nous nous racontons sur nous-même, envers et contre tout… faisant le lit de la violence.

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Sources :

Croyez-vous aux théories du complot ? de Anthony Lantian (éditions Presses universitaires de Grenoble). Disponible en librairie ou sur internet.

Eloge de la lucidité : se libérer des illusions qui empêchent d’être heureux de Ilios Kotsou (édition Poche Marabout).

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