Dire quelque chose de difficile tout en préservant la relation (travail, couple, famille…)

Dire quelque chose de difficile tout en préservant la relation

Se préparer à dire quelque chose de difficile tout en préservant la relation

Anne van Stappen, médecin et formatrice en Communication Non Violente, propose des pistes pour se préparer à dire quelque chose de difficile tout en préservant la relation. Elle estime que, pour se préparer à exprimer des choses difficiles de façon recevable, il y a des étapes préparatoires à parcourir seul, par écrit de préférence. Ces étapes servent à préparer ce qui va être formulé à l’oral.

Ces étapes interviennent une fois que le problème a été identifié et que les émotions désagréables qui signalent des besoins non satisfaits ont été prises en compte.

Exemple : mon chef passe 10 fois derrière moi pour vérifier mon travail -> je suis excédé et stressé -> je n’arrive pas à me concentrer -> j’ai besoin de confiance et de conditions de travail propices à la concentration et à la créativité

1.Rechercher les peurs

Les peurs sont ce qui nous freine pour exprimer ce que nous avons à dire, en nous souvenant que chaque peur est l’expression maladroite d’un besoin fondamental en lien avec la relation.

Exemple : j’ai peur de dire à mon chef que je suis excédé -> peur de l’énerver et d’affronter cette figure d’autorité -> besoin de préserver le calme/ la relation/ mon emploi et besoin de sécurité (relationnelle/ financière).

 

2.Identifier les valeurs

Les valeurs sont nos aspirations profondes qui nous animent et qui motivent nos demandes.

Exemple : j’ai à coeur d’éviter le burn out et de préserver ma santé mentale et physique, de donner le meilleur de moi-même, de retrouver un climat de travail porteur de confiance, de respect, de soutien, de créativité, d’apprentissage, d’évolution.

 

3.Se relier à ce qui est positif dans la relation

L’idée est de rester en lien avec ce qui va : de l’appréciation, de la gratitude, de l’amitié, de l’admiration pour la personne concernée ou pour la relation avec celle-ci. Cela peut passer par le fait de citer un fait que nous avons apprécié, de dire comment nous nous sentons maintenant quand nous y pensons, d’exprimer les besoins nourris.

Exemple : mon chef a eu 3 idées lors de la dernière réunion -> je suis admirative de sa vivacité d’esprit et de sa créativité -> cela satisfait chez moi un besoin d’émulation et d’apprentissage.

 

4.Accueillir et valider les émotions dites « négatives » et les jugements (avant de pouvoir les transformer)

Il ne s’agit pas de censurer nos jugements. La communication non violente (CNV) ne dit pas qu’il ne faut pas émettre de jugements ou critiques mais que ces jugements ou critiques sont l’expression tragique de besoins insatisfaits et qu’ils empêchent une communication empathique en bloquant le lien (lien avec soi-même et lien avec l’autre).

La CNV nous invite donc à accueillir et reconnaître nos jugements (je pense ci ou ci et c’est effectivement un jugement) pour pouvoir les travailler : aller chercher les émotions et les besoins à l’origine de ces jugements et les reformuler sous forme d’observation, de sentiment et de besoins (en cherchant les 3 niveaux de besoin).

Encore une fois, l’idée n’est pas de dire à l’autre de manière formelle et stéréotypée ce que nous avons observé, comment nous nous sommes sentis, quels sont nos besoins avant de formuler une demande. On parle plutôt ici de dialogue intérieur, d’une clarification pour soi-même qui servira d’appui pour s’exprimer dans un langage authentique et personnel.

Cette étape est à la fois importante et difficile parce qu’elle nécessite d’écouter les jugements et frustrations sans se laisser enliser par eux.

Nos jugements sont des poisons quand on les exprime à l’état brut et des perles quand nous parvenons à nommer les besoins qu’ils dissimulent. – Anne van Stappen

Exemple :

Jugements -> il arrête pas de me contrôler, il ne me fait pas confiance, il me stresse à fond, il se trompe s’il croit que ça me stimule

Sensations -> crispation, tremblements, maux de tête et de ventre

Sentiments -> agacement, distraction, démotivation, stress

Besoins -> respect pour mon travail, calme, confiance, compréhension (besoins de premier niveau); liberté d’expression, liberté d’action, atmosphère détendue (besoins de deuxième niveau); donner le meilleur de soi, créer au mieux, prendre du plaisir, prendre soin de sa santé (besoins de troisième niveau).

5.Formuler des demandes

Ébaucher des demandes possibles avec plusieurs formulations passe par le fait de penser à ce que nous voulons (plutôt que ce que nous ne voulons pas) et d’ouvrir une porte vers un dialogue empathique et créatif. Une demande n’est pas une exigence, plutôt une ouverture.

Exemple : Seriez-vous d’accord pour qu’on prenne 20 minutes aujourd’hui pour faire le bilan de mon travail en cours ?

Passer à l’action avec le « sandwich relationnel »

Anne Van Stappen propose ensuite 6 clés pour passer à l’action une fois que le travail de préparation nous semble satisfaisant. Elle fait référence à un « sandwich relationnel » parce que ce qui est difficile à dire est entouré de phrases agréables. Par ailleurs, ce type de discussion n’est pas un monologue : il est important de laisser de l’espace à l’autre pour vérifier son niveau de compréhension (seriez-vous d’accord pour me donner votre point de vue par rapport à ce que je viens de dire ?).

Le sandwich relationnel passe par :

-Vérifier par une demande claire que le moment pour parler est opportun et fixer dès maintenant un autre rendez-vous (pour éviter le flou et, au final, la non réalisation de l’entretien)

-Dire un élément positif en préambule de l’entretien :

  • soit les appréhensions et les besoins qu’elles dissimulent dans un langage à la fois personnel et vulnérable (ex : j’ai peur d’être maladroite dans mes mots parce que je tiens beaucoup à préserver notre relation)
  • soit les valeurs et aspirations qui ont motivé le besoin d’entretien (ex : j’ai à coeur de te parler pour nourrir notre lien)
  • soit une appréciation ou un merci pour la personne (ex : merci de…/ je suis admiratif de ta vivacité d’esprit et de ta manière de…)

-Citer avec objectivité les faits (comme une caméra qui aurait filmé ce qui s’est passé à l’origine du problème chez nous)

-Mentionner les besoins profonds (les besoins de troisième niveau) en expliquant les moyens et stratégies (besoins de deuxième et premier niveau) qui facilitent leur réalisation.

Ex : J’aspire à donner le meilleur de moi-même pour faire aboutir ce travail et, en même temps, j’ai besoin d’y trouver du plaisir (besoins de troisième niveau). J’y arrive mieux quand je reste concentré, que je suis libre de mes mouvements (besoins de deuxième niveau) et que je travaille dans une ambiance calme et un climat de confiance réciproque (besoin de premier niveau).

Une expression important ici est « en même temps ».

-Terminer par un autre élément favorable :

  • une gratitude pour la conversation
  • l’importance que revêt cette relation
  • aspirations et besoins qui ont motivé cet entretien

-Faire émerger une idée d’action satisfaisante pour chacun

 

Anne van Stappen rappelle toutefois que ces propositions ne sont justement que des propositions et qu’elles ne doivent pas venir brider l’authenticité, mais sont au service de l’authenticité et de la vulnérabilité. Ces pistes ont leur utilité mais ne doivent pas être suivies de façon artificielle et encore moins à reculons.

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Source : Cahier poche : je m’exprime avec fermeté et bienveillance de Anne van Stappen (éditions Jouvence)

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