Gagner en paix intérieure pour féconder une paix collective (et pourquoi ce n’est pas bisounours)

Gagner en paix intérieure pour féconder une paix collective (et pourquoi ce n'est pas bisounours)

Gagner en paix intérieure pour féconder une paix collective (et pourquoi ce n’est pas bisounours)

Thomas d’Ansembourg, thérapeute formateur en Communication Non Violente, se demande pourquoi nous sommes prêts à faire des apprentissages rigoureux pour des choses qui ne sont pas indispensables pour vivre (comme apprendre à conduire ou pratiquer un sport) mais que nous avons du mal à accepter que la paix ne tombe pas du ciel sans effort (paix avec soi, avec toutes les parties de soi, paix avec l’autre).

D’où cette négligence peut-elle bien venir ? Thomas d’Ansembourg pense que c’est parce que les rapports domination/ soumission sont tellement ancrés en nous que nous avons l’impression qu’il n’y a pas d’alternative. La paix passe donc par le fait de remettre en question nos systèmes de pensée parce que, si l’on fait ce qu’on a toujours fait, on obtient ce qu’on a toujours obtenu… et le résultat n’est pas beau à voir. Or des outils et ressources pour développer une « hygiène émotionnelle personnelle et collective », au-delà du simple développement personnel, existent.

Thomas d’Ansembourg nous invite à prendre des habitudes de connaissance de nous-mêmes (notre corps, nos sensations, nos émotions, nos besoins) pour gagner en paix intérieure qui viendra féconder une paix collective. 

Nous pouvons prendre du temps chaque jour et avant chaque décision potentiellement à risque pour une relation :

  • comment je me sens ?
  • qu’est-ce qui me met en joie ?
  • qu’est-ce qui me contracte ?
  • qu’est-ce qui me peine ?
  • qu’est-ce qui m’affole ?
  • qu’est-ce qui me fâche ?
  • qu’est-ce que j’ai besoin de comprendre quand je suis en rage ?
  • qu’est-ce que ça dit de moi ?
  • qui est l’autre ?
  • comment il/elle se sent ?
  • qu’est-ce qui le/la motive ?

Cette « hygiène émotionnelle » nécessite de quitter notre zone de confort pour entrer dans l’inconfort de la vulnérabilité, dans la confrontation à des sensations et émotions désagréables, douloureuses même peut-être. Pourtant, c’est précieux d’apprendre à connaître notre corps : la non violence s’instaure là, dans cette première écoute des mouvements du corps. Est-ce que je ressens de l’expansion/ confiance (« j’ai envie de revivre ça ») ou est-ce que je ressens de la contraction/ méfiance (« plus jamais ça ! ») ?

Nous allons bien quand nos besoins sont nourris et nous allons moins bien quand nos besoins ne sont pas nourris donc il est utile de connaître, comprendre et nourrir nos besoins  sur lesquels nos sensations et nos émotions (qui passent par le corps) attirent notre attention. Le corps est comme un messager pour nous pousser à prendre soin de notre nature humaine, de nos valeurs, de notre élan vital.

A cet effet, Thomas d’Ansembourg propose un petit exercice :

  • Prendre une petite minute d’intériorité

Cette minute d’intériorité peut être mise à profit pour se rappeler un moment de paix intérieure, de joie pure ou alors imaginer un moment de paix totale : comment s’était ?/ comment ce serait ? quels en sont/ seraient les ingrédients ? comment c’est/ ce serait en moi ? qu’est-ce que j’apprécie, que je « goûte » ? et comment je suis ici et maintenant en pensant ou imaginant ce moment ?

Ce moment de paix intérieure peut influencer notre façon d’être ensemble parce que nous sommes en contact avec les valeurs que nous voulons vivre. Thomas d’Ansembourg estime que le premier espace à pacifier est en nous : apprendre à lire nos émotions et nos besoins pour se laisser guider par nos valeurs profondes (celles qui correspondent à des besoins satisfaits et génératrices d’émotions agréables). Ces valeurs peuvent prendre de nombreuses formes différentes et complémentaires : douceur, calme, beauté, communion, se sentir utile, reconnaissance, réconfort, amitié, partage, confiance, émerveillement, gratitude, amour, appartenance…

« Tout ce qui fait joie fait sens, même des joies infimes. » – Thomas d’Ansembourg

Goûter régulièrement ce qui nous enchante et nous réjouit est un outil efficace pour propager la paix. Quand nous captons ce que nous voulons vivre, alors tout notre être tend à le revivre aussi souvent que possible. Nous cherchons tous à ressentir un profond état intérieur de contentement, de paix intérieure de plus en plus stable, transportable à travers les difficultés et contagieux.

  • Partager ce moment de paix avec quelqu’un

Thomas d’Ansembourg estime qu’une hygiène de conscience ne peut pas se contenter de prendre soin de ses propres besoins mais doit également prendre la forme d’un partage, d’une communion.

« Nous sommes heureux de ce moment de nous » – Thomas d’Ansembourg

Cette communion permet de restaurer le « nous intime », le « nous » d’entre aide et de partage.

  • Constater l’état intérieur après ce moment d’échange

Quelles sont les sensations au plan physique après ce moment de partage ? Il y a fort à parier que cet état soit proche de l’état de profond contentement intérieur dont nous sommes tous à la recherche. Thomas d’Ansembourg regrette que nous soyons dans une société où nous avons appris à compenser notre mal-être plutôt qu’à nourrir notre bien-être profond.

Ce petit exercice peut participer à cultiver le meilleur plutôt qu’à compenser. Ainsi, on comprend que prendre régulièrement du temps de présence à soi, en faisant l’inventaire des sensations, des émotions et des besoins, n’est pas cosmétique ni « bisounours »: qu’est-ce que je vis là ? qu’est-ce que ça dit de moi, dans l’agréable comme dans le désagréable ?

Apprendre à se pacifier quand on est agressif, c’est tout sauf bisounours. Apprendre à retrouver du sens à sa vie quand on est parti en dépression, c’est tout sauf bisounours. C’est un service communautaire. – Thomas d’Ansembourg

citation thomas d'ansembourg paix

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Source : Conférence « La Paix ça s’apprend comme les maths ou le foot ! » de Thomas d’Ansembourg (1h20) par l’ACNV-BF et la MDD à Louvain-la Neuve

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