L’art de se réconcilier

art de se réconcilier

L’art de se réconcilier

Marshall Rosenberg, psychologue et concepteur de la Communication Non Violente, estime qu’il existe trois étapes pour créer une passerelle d’empathie entre des personnes qui cherchent à se réconcilier.

1.Ecouter avec empathie la personne qui souffre, est en colère ou a peur

La première étape de la réconciliation consiste à écouter ce qui est vivant chez l’autre sans le juger, sans lui faire la morale, sans porter un diagnostic sur lui ni lui donner des conseils qu’il n’a pas demandés. Ecouter avec empathie repose sur une pleine présence à l’autre sans parler de nos propres émotions. Cela suppose qu’une des parties engagées dans la relation prenne l’initiative de cette réconciliation et qu’elle soit prête à écouter comment l’autre se sent sans entendre de critique ni d’attaque personnelle à son propre sujet.

Tout est fait pour donner à la personne en souffrance toute l’attention empathique dont elle a besoin jusqu’à ce qu’elle éprouve un certain soulagement. – Marshall Rosenberg

Cette écoute empathique passe par le fait de vérifier aussi souvent que cela est nécessaire si nous suivons et comprenons ce que l’autre éprouve et exprime (ses émotions, ses besoins, ses pensées, les valeurs qui sous tendent ses actions, ses motivations positives) à travers une reformulation neutre.

Cette vérification peut être effectuée en silence ou à voix haute, en posant des questions pour dissiper tout risque de mécompréhension (par exemple : « Tu veux dire… , c’est bien cela ? », « Je perçois de la colère, est-ce bien ce que tu ressens ? », « Te sens-tu… parce que tu as besoin de/ tu accordes de l’importance à… ».)

2.Formuler une « demande post-empathique »

Une demande « post empathique » permet à la personne qui écoute d’aider l’autre à trouver ce qui lui est nécessaire dans l’instant.

A travers l’écoute empathique, la personne écoutée aura pu entrer en contact avec ses émotions et l’énergie vitale exprimée sous forme de besoins, de valeurs, de désirs, d’attentes ou de pensées qui font naître ces émotions.

Il est important pour le processus de guérison d’entrer en contact avec les besoins insatisfaits de la personne qui reçoit l’empathie, mais aussi de demander à celle-ci ce qui comblerait ses besoins ici et maintenant.. – Marshall Rosenberg

La personne qui a écouté peut inviter celle qu’elle a écoutée avec empathie et qui s’exprime désormais à exprimer les actions concrètes qu’elle aimerait voir pour embellir et enrichir sa vie : « Voudrais-tu que… ? », « Aimerais-tu que… ? « .

Une fois que la personne en souffrance aura été pleinement entendue avec empathie, aura découvert ses besoins du moment dans la situation et trouvé des demandes qui pourraient satisfaire ces besoins, alors cette personne sera plus disposée à entendre les sentiments, besoins et demandes de celle qui l’a écoutée.

3.Partager ses ressentis

La troisième étape de la réconciliation avec la Communication Non Violente permet à la personne qui a écouté lors des deux premières étapes de partager ce qu’elle ressent à son tour. Marshall Rosenberg évoque la notion de deuil plutôt que d’excuses. Le deuil tel que l’envisage Rosenberg nécessite de prendre conscience des besoins qui n’étaient pas comblés chez soi et d’exprimer les sentiments qui accompagnent ces besoins insatisfaits.

Plusieurs éléments participent à ce processus de deuil dans l’art de se réconcilier :

  • la personne reconnaît dans quelle mesure et de quelle manière elle a contribué à créer et/ou entretenir la situation,
  • la personne exprime ses sentiments et ses besoins non satisfaits sur deux plans :
    • ses propres actions qui n’ont pas nourri ses besoins,
    • la douleur perçue chez l’autre en réaction à ces actions,
  • la personne mentionne les actions qu’elle regrette de ne pas avoir accomplies.

La personne qui fait son deuil reconnaît ce qu’elle aurait préféré faire pour répondre plus complètement aux besoins de chacun. – Marshall Rosenberg

La personne qui fait son deuil peut demander à l’autre de l’écouter en silence pendant qu’elle exprime ses besoins et demander des réactions après coup. Cela peut passer par des messages du type : « J’aimerais vraiment partager avec toi ce qui se passait en moi au moment où je faisais cela. J’étais déchiré : d’un côté, je voulais t’aider; en même temps, mon besoin d’autonomie était menacé par ces ordres que j’entendais à l’intérieur et à l’extérieur de moi-même. »

Cette troisième étape ne peut émerger qu’une fois que l’autre personne a reçu toute l’empathie dont elle a besoin lors de la première étape (étape nécessairement longue). C’est seulement une fois qu’une personne s’est sentie entièrement comprise, qu’elle a été entendue comme elle le voulait qu’elle est capable d’entrer en empathie avec ce que l’autre a à dire.

 

Une quatrième étape pourrait être ajoutée dans cet art de se réconcilier si les deux parties le souhaitent. Cette étape consisterait à reprendre la démarche initiale en inversant les rôles : la relation empathique change de sens. La personne écoutée devient celle qui écoute avec empathie et qui finit par faire son deuil à son tour.

 

Ces étapes peuvent être difficiles (voire impossibles) à réaliser sans aide extérieure. Les deux parties peuvent décider de faire appel à une aide et notamment une personne formée à la Communication Non Violente pouvant assurer la médiation pendant le processus de réconciliation.

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Source : L’art de la réconciliation : respecter ses besoins et ceux des autres de Marshall Rosenberg (éditions Jouvence). Disponible en médiathèque, en librairie ou sur internet.

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