Le mythe de la pensée positive (ou loi de l’attraction)

Le mythe de la pensée positive (ou loi de l'attraction)

Le mythe de la pensée positive (ou loi de l’attraction)

La théorie de la pensée positive repose sur l’idée que notre vie est le simple reflet de nos pensées : en les contrôlant, on pourrait avoir tout ce que l’on désire. Nos difficultés viendraient donc du fait que nous pensons négativement. La solution apportée par la pensée positive est donc de contrôler les émotions et pensées négatives, de les supprimer et de ne plus avoir que des pensées positives, afin de diriger notre vie vers la réussite et le bonheur.

Les pensées positives peuvent en effet produire des émotions positives (et encore, pas systématiquement)) mais , comme le rappelle justement Matthieu Ricard, « l’univers n’est pas à notre disposition ». Par ailleurs, pouvons-nous véritablement contrôler nos pensées ? Ilios Kotsou propose dans son livre de déconstruire la théorie de la pensée positive en s’appuyant sur des études de psychologie et de neurosciences.

Le mythe du contrôle

Ilios Kotsou soutient que pouvoir se débarrasser de pensées inconfortables, dites « négatives », et les remplacer par des agréables, dites « positives » n’est pas aussi évident que cela.

Ilios Kotsou cite l’expérience de Daniel Wegner, professeur de psychologie à Harvard, au cours de laquelle il a demandé à des individus de décrire verbalement ce qui leur passait par la tête pendant cinq minutes après qu’on leur ait donné la consigne de ne pas penser à un ours blanc. Ces individus étaient repartis en deux groupes :

  • dans le premier groupe, les individus devaient essayer, tout en continuant de décrire ce qui leur traversait l’esprit, de ne pas penser à un ours blanc (chaque fois qu’ils pensaient à un ours blanc, ils devaient appuyer sur un bouton); ensuite, pendant un temps supplémentaire de cinq minutes, on leur demandait de faire le contraire et de penser à un ours blanc.
  • dans le deuxième groupe, la consigne était inversée (on demandait aux individus d’abord de penser à un ours blanc puis de ne plus y penser).

L’étude a montré que les participantes pensaient beaucoup plus à l’ours blanc quand on leur demande de ne pas y penser. Wegner en conclut que la tentative de supprimer une pensée conduit à une intensification de celle-ci : cela s’appelle « l’effet rebond ».

Risque de création d’une obsession

Ilios Kotsou continue en écrivant qu’un bon moyen de se créer une obsession est de porter exagérement attention à toutes ses pensées et d’en débusquer une qui nous rend honteux ou une pensée vraiment négative avec le sentiment de culpabilité (« je ne devrais pas avoir cette pensée, pourquoi je n’arrive pas à la maîtriser, je fais tout pour la contrôler mais je n’y arrive pas »…).

Etre obsédé par une pensée, c’est se persuader qu’il est terrible d’avoir cette pensée, qu’elle est vraiment indésirable et qu’elle doit absolument disparaître pour ne pas avoir de conséquences néfastes et ruiner notre journée, voire notre vie ! Mais, comme vu plus haut, supprimer nos pensées n’est pas si facile !

Là encore, Wegner a conduit une expérience pour valider ce mécanisme : il a demandé à une groupe de participants de choisir une personne de leur entourage avec la consigne de penser à ce qu’ils voulaient avant d’aller dormir, sauf à cette personne précisément. Un groupe de participants témoins n’avait pas cette consigne (il ne devait pas supprimer cette pensée). Au réveil, les participants devaient noter leurs rêves. Il est apparu que penser à la personne augmentait sa présence dans les rêves des membres des deux groupes, mais cette effet est exacerbé par le fait d’essayer de ne pas y penser !

On a donc vu qu’il est difficile de contrôler ses pensées et cela l’est d’autant plus quand une personne ne va pas bien. Ilios Kotsou écrit : « Nous ne sommes quand mêmes pas naïfs au point de ne pas avoir remarqué qu’il était préférable et plus agréable de penser positivement. Mais s’il suffisait de le vouloir pour y parvenir, comme le suggèrent les tenants de la pensée positive, nous n’aurions tout simplement pas besoin de ces livres ! ». S’il était si facile de se « débarrasser » des pensées négatives, les personnes déprimées ou dépressives seraient très rares…

L’auto suggestion positive : un risque pour les personnes ayant une faible estime d’elle même

Dans une étude canadienne, Joanne Wood, enseignante-chercheuse en psychologie, a testé l’effet des auto-affirmations positives. Elle a comparé un groupe de participants à l’estime d’eux-mêmes faible à un autre groupe à l’estime d’eux-mêmes élevées. Il était demandé à tous les participants d’écrire toute pensée ou toute émotion qui leur traversait l’esprit pendant 4 minutes puis la chercheuse mesurait leur humeur. Pour évaluer l’effet de l’auto suggestion positive, Joanne Wood divisa chaque groupe en deux :

  • dans le premier groupe, une cloche retentissait toutes les 15 secondes et les participants devaient se répéter à ce signal : « Je suis une personne digne d’être aimée »;
  • dans le deuxième groupe, aucune consigne n’est donnée.

Les personnes ayant à la base une faible estime de soi se sentaient encore plus mal après avoir répété cette phrase. En revanche, cela fonctionnait un tout petit peu pour celles et ceux qui avaient déjà une bonne estime d’eux-mêmes.

Ilios Kotsou en déduit amusé : « L’auto suggestion positive fonctionne donc… uniquement pour ceux qui n’en ont pas besoin ! ».

La culpabilité

L’idéologie de la pensée positive peut avoir comme effet « pervers » possible de faire reposer toute la responsabilité d’une situation sur l’individu au détriment des déterminants sociaux et du contexte, écrit Kotsou.

Kotsou regrette ainsi que des employés en situation d’épuisement professionnel soient incités à suivre un stage de pensée positive au lien de chercher à améliorer les conditions de travail…

Les tenants de la pensée positive ont tendance à oublier que l’environnement dans lequel nous évoluons a un impact considérable sur nos vies.

Présupposer que nous pouvons choisir librement le contenu de nos pensées présente donc un autre potentiel effet secondaire négatif : la culpabilité. – Ilios Kotsou

Quand une croyance devient une prison idéologique… et fait prendre des risques au sujet de la santé

Ilios Kotsou regrette que les croyances en une pensée magique soient à même de susciter des attentes de guérison irréaliste qui peuvent amener une personne malade à négliger ou abandonner un traitement prescrit par un médecin. Il ajoute que, jusqu’à maintenant, aucune recherche scientifique n’a pu montrer d’effets probants de la pensée positive.

Par ailleurs, faire de la pensée positive une idéologie risque de nous conduire à un état appelé « fusion cognitive ». Cet état intervient quand nous ne parvenons plus à nous distancer de nos états mentaux et à en devenir esclaves. Une pensée, une croyance, quand elle est prise au pied de la lettre, influence et modifie la perception de la réalité ainsi que nos comportements. Etre en fusion avec nos pensées rétrécit nos possibilités et entrave nos choix.

Croire aux idéologies peut nous aveugler au risque de ne plus nous permettre de prendre le recul nécessaire face à nos émotions et à nos pensées. – Ilios Kotsou

Et l’éthique dans tout cela ?

La pensée positive ne porte pas de valeur éthique en soi : on peut souhaiter être riche sans pour autant développer un état de compassion, on peut souhaiter être aimé sans pour autant chercher à devenir une personne plus généreuse, plus empathique…

Le bonheur a une valeur éthique intrinsèque. Chercher à cultiver une relation amoureuse avec une personne irrespectueuse ou en étant soi-même irrespectueux n’apporte ni sens ni plaisir. Conserver un travail qui propose des conditions de travail dégradantes va à l’encontre du bonheur, de même qu’être chef d’entreprise et proposer des conditions de travail dégradantes.

 

Le rôle des pensées et émotions dites « négatives »

Les accepter est une composante du bonheur

Dans l’étude IRM « Putting Feelings into Words », des participants ont été invités à regarder des images de personnes dont les visages portaient des émotions visibles et fortes. L’amygdale du cerveau (centre des émotions dans le cerveau qui détecte et alerte sur les dangers) s’active en fonction des émotions représentées. Mais quand ces mêmes participants ont été invités à nommer les émotions perçues, le cortex préfrontal (centre de décision et de raisonnement du cerveau) s’est alors activé et a réduit l’impact de l’amygdale. En d’autres mots, reconnaître et nommer les émotions en réduit leur impact.

Nommer les émotions est à l’opposé du fait de réprimer, nier ou enfouir les émotions : c’est justement le fait de chercher à supprimer les émotions qui va en augmenter l’impact (« tout ce qui ne s’exprime pas s’imprime »).

Les neurosciences nous invitent donc à gagner en intelligence émotionnelle :

  • identifier les émotions (notamment à travers les sensations corporelles qui alertent sur la présence de telle ou telle émotion – voir ici)
  • comprendre les émotions (on a tendance à confondre le déclencheur (ex : une remarque, une critique) et l’émotion elle-même (ex : la colère, la peur, la tristesse). Par ailleurs, les émotions sont comme des visiteuses qui nous alertent sur un besoin non satisfait et repartent quand le besoin est comblé).
  • exprimer les émotions (mettre des mots sur les émotions les calme et permet de les exprimer de manière acceptable et constructive.  Exprimer ses émotions à la bonne personne, au bon moment, de la bonne manière et à la bonne intensité n’est pas facile !)

tableau émotion de base

Des méthodes anciennes nous ont largement devancés dans ce domaine : la méditation consiste justement à accepter les émotions telles qu’elles se présentent sans chercher à les faire passer mais en les accueillant comme des visiteuses inattendues. La pleine conscience propose également d’accueillir les sensations corporelles présentes en les nommant et en ressentant pleinement les manifestations.

Anticiper les obstacles (les moyens) plutôt que visualiser la réussite (la fin)

Yves-Alexandre Thalmann, psychologue et formateur, critique la pensée positive (ou loi de l’attraction) telle qu’elle est souvent proposée. Il écrit : “Penser positivement ne peut qu’être recommandé, ne serait-ce que pour les émotions agréables que cela suscite. Mais éviter les pensées négatives sous prétexte qu’elles pourraient attirer des problèmes est un conseil contre productif”.

Yves-Alexandre Thalmann propose donc une approche qui permet de générer des émotions positives (ayant une influence favorable sur l’humeur) et en même temps des éléments motivants (visualisations du processus). Pour lui, les outils de type pensée positive et visualisation peuvent être efficaces pour atteindre un objectif tangible à une condition : intégrer les obstacles plutôt que les éviter. En effet, face à un obstacle, le cerveau s’anime pour trouver des solutions afin de le surmonter : c’est précisément cela qui est motivant (et pas le fait de s’imaginer en situation de réussite puisque le cerveau n’a pas besoin de mobiliser des ressources qui permettent de concrétiser des réussites, ces dernières étant déjà atteintes !).

Cette proposition d’anticiper les obstacles permet de réintégrer la responsabilité personnelle dans le processus :

  • anticiper les tentations et les éviter plutôt que d’essayer d’y résister,
  • apprendre à repérer les déclencheur des comportements que l’on souhaite changer et les écarter,
  • s’engager dans des actions qui offrent des renforcements sous forme de plaisirs ou de toute autre conséquence valorisée (le bon sens commun nous dit déjà : après l’effort, le réconfort !),
  • avoir en tête l’objectif à atteindre mais aussi les comportements à adopter en cas d’obstacles.

En effet, les neurosciences ont montré que le fait de prendre une décision réduit l’anxiété (en plus d’aider à résoudre les problèmes !).

La prise de décisions inclut le fait des créer des intentions, de poser des objectifs, d’élaborer des stratégies pour y parvenir et de réévaluer les options lors de la réalisation. Tous ces processus mentaux sollicitent les mêmes circuits neuronaux du cortex pré frontal. Or, on l’a vu plus haut, le fait de solliciter le cortex préfrontal réduit l’impact de l’amygdale (centre des émotions qui court circuite le raisonnement logique).

Pour autant, la prise de décision n’est pas chose facile. Les neurosciences insistent sur le caractère « suffisamment bon » d’une décision. Il n’est pas nécessaire de chercher à prendre une décision parfaite pour résoudre un problème (le perfectionnisme est source de stress et sollicite l’amygdale). C’est la prise de décision ferme qui envoie le message au cerveau que les choses sont sous contrôle.

Une décision suffisamment bonne est presque toujours suffisamment bonne dans les faits !

Par ailleurs, l’action de décider augmente le plaisir ressenti. La prise de décision induit un changement dans les circuits de l’attention et dans la manière dont on se sent par rapport au problème. Cela conduit à une hausse de l’activité de la dopamine, l’hormone de la récompense. Nous nous sentons plus heureux quand ce qui nous arrive de bien est consécutif à une décision que nous avons prise et des actions que nous avons entreprises que lorsque ces événements heureux nous arrivent par « chance » ou par l’intermédiaire de l’action d’autres personnes.

Quand nous sommes confrontés à une décision que nous avons subies ou que nous prenons sous le poids des conventions sociales (« tu devrais faire ça », « on a toujours fait comme ça, « c’est vrai que je devrais… »), le circuit de la récompense n’est pas activé dans le cerveau… c’est même plutôt le circuit du stress qui est activé !

On ne se contente pas de choisir les choses qu’on aime, on aime aussi les choses qu’on choisit !

Cultiver des valeurs éthiques

La pratique combinée de la Communication Non Violente (CNV) et de la pleine conscience peuvent être un chemin vers une vie guidée par des valeurs éthiques.

La pleine conscience est vivante quand elle est associée à une éthique dans une dynamique de vision, de parole, de pensée, de moyens d’action et d’efforts justes. Il s’agit d’être pleinement présent.e dans le moment, à n’importe quel moment (quand on marche, quand on écoute, quand on écoute, quand on parle…). Il est précieux de s’arrêter pour gagner en discernement en créant des conditions avec le corps pour se relier à soi et aux autres (à travers notamment la respiration).

La Communication Non Violente (CNV) est un processus concret en quatre étapes (observation, émotion, besoin, demande) qui permet de s’exprimer sans poser d’étiquette ni de critique.

Il existe de nombreux points communs entre ces deux philosophies de vie :

  • la pleine conscience et la CNV permettent de se relier à soi dans l’instant présent (qu’est-ce qui est vivant et présent en moi à cet instant ?),
  • la pleine conscience et la CNV  proposent de s’arrêter pour clarifier ce qui se passe en nous, de prendre le temps pour une pause et faire le point sur les sensations à la base des émotions,
  • la pleine conscience et la CNV invitent à une écoute empathique et bienveillante de l’autre, à l’ouverture du coeur,
  • la pleine conscience et la CNV se rejoignent pour trouver un chemin qui prend soin des besoinsdes uns et des autres et insistent sur l’interdépendance (on ne peut pas prendre soin de soi aux dépends de l’autre),
  • la pleine conscience et la CNV insistent sur la prise de conscience de l’environnement extérieur (alimentation, transport, travail…) : quel impact mes choix ont-ils sur les autres et sur le monde ?,
  • la pleine conscience et la CNV avertissent sur les dangers liés aux étiquettes qui enferment, qui fixent alors que la vie est par essence impermanente,
  • la pleine conscience et la CNV célèbrent le positif et la gratitude.

La pleine conscience et la CNV sont au service d’une vie citoyenne, du Je au Nous (pour paraphraser Thomas d’Ansembourg) justement parce qu’elles sont un chemin vers des décisions conscientes et responsables.

Un chemin vers soi est un chemin pour contribuer au monde en tant que citoyen. – Eliane Regis (formatrice en CNV)

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Source : Eloge de la lucidité : se libérer des illusions qui empêchent d’être heureux  de Ilios Kotsou (édition Poche Marabout). Disponible en médiathèque, en librairie ou sur internet.

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