« Sois positif ! » : la tyrannie (et les méfaits) de la pensée positive

méfaits de la pensée positive

« Sois positif ! » : la tyrannie (et les méfaits) de la pensée positive

Dire à quelqu’un (ou à soi-même) d’être positif est le contraire de l’intelligence émotionnelle. Dire à quelqu’un « sois positif ! » n’a jamais chassé de manière magique les problèmes ou n’a jamais réussi à transformer en un coup de baguette magique de la peur, de la tristesse ou de la honte en joie.

Pourtant, cette petite phrase est rarement prononcée par malveillance mais plutôt par manque de connaissance des émotions et par manque d’entraînement à la communication bienveillante. Quand nous disons à une personne en souffrance d’être positive ou de ne pas être si négative ou bien que nous lui suggérons de lire des affirmations positives, nous le faisons pour qu’elle se sente mieux, parce que nous nous sentons démunis, parce que nous sommes mal à l’aise avec la vulnérabilité ou encore parce que nous ne savons juste pas quoi dire d’autre.

Ce dont une personne en souffrance a le plus besoin est d’empathie… et nous sommes très peu nombreux à avoir appris l’empathie comme une langue maternelle. Au contraire, nous avons plutôt appris la répression émotionnelle par des phrases du type « Arrête de pleurer », « Mais non, ça ne fait pas si peur » ou encore « Il n’y a pas de raison d’être aussi triste ».

Souvent, une personne qui raconte ses soucis à une autre ne demande ni solution ni conseil mais a simplement besoin de compréhension et d’empathie, c’est-à-dire d’une oreille « amie » ou d’une épaule sur laquelle pleurer.

Chaque être humain, homme ou femme, veut être compris et recevoir de l’empathie, attend de la connexion émotionnelle plutôt que des conseils, des jugements ou la minimisation de son problème.

Ainsi, dans toute relation humaine, le rôle de chaque protagoniste n’est pas de résoudre les problèmes de l’autre mais de lui offrir un soutien, un soulagement, de l’empathie en validant ses émotions, en lui donnant le droit d’être triste, en colère ou encore d’avoir peur.

Par ailleurs, c’est le fait de pouvoir vivre pleinement ses émotions qui conduit à la guérison. Être humain, c’est ressentir toute la palette des émotions humaines. Quand nos émotions ne trouvent pas d’accueil, quand elles sont niées avec des phrases incitant à la positivité, elles s’accumulent dans le corps sous forme de tension. A la manière d’une cocotte minute, elles finissent par exploser sous forme de passage à l’acte disproportionné (par exemple, une personne calme sort de ses gonds dans un accès de colère spectaculaire) ou de maladies (physiques et/ou mentales).

Enfin, les personnes qui n’arrivent pas à « positiver » en viennent non seulement à avoir honte de leurs émotions mais également à ne même plus se confier. Or la solitude et la honte font le lit de la dépression.

Il est possible de recourir à une métaphore : quand nous voulons qu’une fleur grandisse, nous ne lui ordonnons pas de pousser, nous l’arrosons, veillons à la luminosité à laquelle elle est exposée, nous enrichissons éventuellement sa terre. De même, quand nous voulons qu’une personne s’épanouisse, nous ne pouvons pas juste lui ordonner de s’épanouir. Nous devons là aussi l’arroser : avec de l’écoute, de l’empathie, de la validation des émotions, du soutien, de la présence.

Pour y parvenir, il est utile de savoir à quoi servent les émotions.  Les émotions saines durent quelques minutes (rarement plus de 5 minutes) et sont des réactions physiologiques qui servent la vie humaine en attirant l’attention sur des besoins fondamentaux insatisfaits. Chaque émotion est ressentie en lien avec des causes et des besoins différents :

  • la colère :
    • cause => frustration, injustice, impuissance, violation de l’intégrité (psychique ou physique)
    • besoin => écoute, compréhension, décharge de l’énergie, changement, réparation

 

  • la tristesse :
    • cause => perte, séparation, échec
    • besoin => réconfort, acceptation, expression émotionnelle (ex : pleurer), amour inconditionnel

 

  • la peur :
    • cause => danger, inconnu, insécurité, menace
    • besoin => protection, aide, compréhension sécurité, réassurance

 

  • la joie :
    • cause => réussite, émerveillement, rencontre, gratitude;
    • besoin => partage, lien, réjouissance

 

  • le dégoût :
    • cause => nocivité, irrespect pour l’intégrité physique (dont viol)
    • besoin => sécurité, respect, accueil des émotions, justice

 

  • la honte :
    • cause => non alignement avec les valeurs, moquerie, jugement
    • besoin => restauration de l’estime de soi et de la valeur personnelle, acceptation, amour inconditionnel.

Voici quelques exemples de pensée positive toxique et comment reformuler des phrases incitant à la positivité en phrases empreintes d’intelligence émotionnelle :

méfaits pensée positive

 

 

 

Vous aimerez aussi...

  • La révision de nos pensées ABCDE : une approche pour diminuer l'effet des pensées négatives Selon Stéphanie Hahusseau, médecin psychiatre, une stratégie pour faire face aux émotions douloureuses est adéquate si elle permet de maîtriser ou diminuer l’impact de l'agression sur le bien-être général, si cette stratégie nous permet de nous…
  • Nous ne sommes jamais émus pour rien ! Nous sommes nombreux à croire que nous crions ou pleurons "pour rien", que nous angoissons "sans raison". Or, une émotion ne naît pas de "rien". Elle est toujours déclenchée par un événement extérieur qui fait choc à l'intérieur : elle a donc…
  • J'ai lu Happycratie, critique de la psychologie positive : mon avis Présentation de l'éditeur Le bonheur se construirait, s'enseignerait et s'apprendrait : telle est l'idée à laquelle la psychologie positive, née au tournant du siècle, s'attache à conférer une légitimité scientifique. Il suffirait d'écouter les experts pour devenir heureux. L'industrie…

Soyez le premier à commenter

Poster un Commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*