Nous ne sommes jamais émus pour rien !

Nous ne sommes jamais émus pour rien !

Nous ne sommes jamais émus pour rien !

Nous sommes nombreux à croire que nous crions ou pleurons « pour rien », que nous angoissons « sans raison ». Or, une émotion ne naît pas de « rien ». Elle est toujours déclenchée par un événement extérieur qui fait choc à l’intérieur : elle a donc une bonne raison d’apparaître. – Catherine Aimelet-Périssol

Catherine Aimelet-Périssol rappelle qu’aucune émotion n’est le fruit de notre seule pensée : quelque chose a bel et bien été perçu par un ou plusieurs de nos cinq sens, réveillant une vieille mémoire douloureuse (ou heureuse). Elle nous conseille de ralentir notre attention pour la porter sur le moment présent, sur la réalité du moment pour amener le maximum d’informations à notre conscience et comprendre avec le plus de finesse l’information qui a été évaluée hors conscience de manière automatique.

Une émotion est un mouvement corporel qui vise notre préservation physique et psychique. Sans le système d’alarme que représentent nos émotions, c’est notre existence toute entière qui serait compromise. Notre cerveau perçoit une information qui, si elle est interprétée comme un danger ou une menace, engendre une émotion désagréable s’accompagnant d’une énergie corporelle préparant la mise en oeuvre d’un des trois mécanismes de défense que nous avons à disposition :

  • la peur déclenche la fuite,
  • la colère déclenche la lutte,
  • la tristesse déclenche le repli sur soi.

Les émotions et les mécanismes de survie qui les accompagnent servent à retrouver l’équilibre qui a été perdu. La perte temporaire d’équilibre n’est pas un problème en soi mais au contraire un moyen d’être informé sur la nature des informations saisies par les sens et exploitées par le cerveau (informations soit « bonnes », soit « mauvaises » pour la vie).

Catherine Aimelet-Périssol compare les émotions à la douleur éprouvée quand nous touchons une flamme. Si nous nous brûlons, la douleur qui s’en suit nous informe sur la nature « pas bonne pour la vie » du feu en contact avec la peau. Le feu n’est pas un problème en soi, pas plus que la douleur qui n’est finalement que le mode d’information du corps pour nous signaler le danger. C’est justement la douleur qui nous permet d’enlever la main du feu. Si nous n’éprouvions pas de douleur, nous réagirions probablement trop tard pour nous sauver des flammes.

Les émotions suivent le même mécanisme : le programme émotionnel est biologique et commun à tous les humains comme moyen de défense au service de la vie. Les émotions ne sont donc jamais problématiques mais notre ignorance du fonctionnement de nos émotions peut ajouter de la souffrance aux émotions désagréables.

En effet, bien que notre programme biologique de survie soit commun à tous le humains, chacun a sa façon de le mettre en oeuvre. En fonction de nos expériences passées, de notre histoire, des personnes que nous avons rencontrées, certains éléments du programme émotionnel biologique ont été adaptés pour « mieux » servir la vie (souvent en la servant mieux à court terme mais plus mal à long terme). Par exemple, une personne peut adopter une attitude de retrait dans l’enfance face à un parent agressif, autoritaire, brutal. Ce repli sur soi est effectivement une technique de survie efficace dans ces circonstances-là précisément mais, peu à peu, le cerveau enregistre cette stratégie comme la meilleure dans tous les cas.

Nous avons grandi en construisant des habitudes teintées de peurs, de colère ou de tristesse. Ce qui était indispensable à la survie corporelle s’est peu à peu étendu mentalement, avec des explications, des justifications, des projections et des croyances. – Catherine Aimelet-Périssol

Or ces habitudes comportementales peuvent devenir des véritables traits de caractère. Comprendre à quoi sert d’éprouver de la colère, de la peur ou encore de la tristesse permet de dépasser ce fonctionnement déformé des émotions pour retrouver plus d’élan vital et de liberté personnelle.

La peur, la colère et la tristesse sont de véritables épreuves ! C’est pourquoi nous aimerions tant nous en passer. Néanmoins, nous ne pouvons pas, tant l’émotion participe à la satisfaction de nos besoins. – Catherine Aimelet-Périssol

A quoi sert d’éprouver de la peur, de la colère ou de la tristesse ?

Catherine Aimelet-Périssol propose de répondre à cette question : « à quoi sert d’éprouver de la peur, de la colère ou de la tristesse ? ».

A préserver l’intégrité du corps

Il s’agit pour nous d’être sains et saufs, en bonne santé, de maintenir l’équilibre des organes, de respirer, de satisfaire la faim, d’avoir des temps de repos et des temps d’activités.

Face au trouble, l’émotion, quelle qu’elle soit, permet une réaction corporelle immédiate et donc une restauration de l’équilibre intérieur quand le corps est affecté sous l’effet d’un choc. – Catherine Aimelet-Périssol

A satisfaire notre besoin de sécurité

Il s’agit pour nous d’agir dans le sens de la sécurité pour nous sentir bien à l’aise dans un environnement stable et fiable, dans un état de confiance parce que nous pouvons retrouver dans notre environnement des repères connus.

Cette notion de sécurité marche en tandem avec celle de liberté : le besoin de sécurité recouvre aussi notre besoin de liberté (de bouger, de penser, de nous exprimer, de grandir, d’évoluer…).

Quand le tandem sécurité/ liberté est déséquilibré, l’émotion de peur émerge pour nous pousser à conserver notre sécurité en fuyant le danger, en cherchant à nous cacher…

A satisfaire notre besoin d’identité

Il s’agit pour nous de faire valoir qui nous sommes, de montrer nos capacités, d’être reconnuvalorisé, respecté par les autres.

Le besoin d’identité recouvre à la fois le besoin d’appartenance et le besoin de singularité.

Quand le tandem appartenance/ singularité est déséquilibré, l’émotion de colère émerge pour nous pousser à affirmer notre identité, nos valeurs, nos limites, notre besoin de respect pour notre singularité en même temps que notre besoin de reconnaissance par autrui.

A satisfaire notre besoin de sens, de réalisation de soi

Il s’agit pour nous de comprendre ce qui nous arrive, de donner du sens à notre existence, de réaliser quelque chose de notre propre vie. Le besoin de sens a deux dimensions : d’un côté, le calme, l’harmonie, la cohérence et de l’autre, le dynamisme, l’initiative personnelle, l’action, l’autonomie.

Quand le tandem calme/ dynamisme est déséquilibré, l’émotion de tristesse émerge pour nous permettre de survivre en nous repliant sur nous-même, en tournant notre attention à l’intérieur plutôt qu’à l’extérieur et en utilisant les larmes comme appel au soutien et au réconfort.

Gérer ses émotions ou vivre avec ses émotions ?

Pour Catherine Aimelet-Périssol, il est inutile de chercher à « gérer » les émotions : les émotions peuvent être difficiles quand elles enclenchent une série de ruminations mentales et de comportements inappropriés. Pourtant, à l’origine, elles ont un sens et une fonction indispensable à notre équilibre… et notre bonheur. Nous ne sommes pas en mesure de changer notre système émotionnel (et heureusement) mais nous pouvons agir en connaissance de cause : vivre avec nos émotions plutôt que contre elles et les accepter comme des messagères qui nous guident vers la conservation de la vie. Quand quelque chose ou quelqu’un nous fait peur, nous met en colère ou nous attriste, nous pouvons faire l’effort conscient de revenir à nous-même plutôt qu’à chercher une explication à l’extérieur. Est-ce telle réflexion de mon/ma conjoint.e qui m’a agacé.e ou est-ce moi qui suis agacé.e ?

Ce petit pas de côté peut nous permettre de sortir des automatismes cognitifs et comportementaux qui nous éloignent du soulagement et du retour à l’équilibre (physique et psychique).

Il s’agit de s’assumer et de s’entendre « pour de vrai » ! – Catherine Aimelet-Périssol

Ainsi, on comprend que, non, nous ne sommes jamais émus pour rien !

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Source : Emotions : quand c’est plus fort que moi ! de Catherine Aimelet-Périssol (éditions Leduc.s). Disponible en médiathèque, en librairie ou sur internet.

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