Nous ne pourrons trouver la paix qu’en allant à la rencontre de notre enfant intérieur.

Nous ne pourrons trouver la paix qu'en allant à la rencontre de notre enfant intérieur.

Nous ne pourrons trouver la paix qu’en allant à la rencontre de notre enfant intérieur.

Dans son livre Guérir son enfant intérieur, Moussa Nabati rappelle que la dépression renvoie à deux phénomènes qu’il convient de distinguer.

1.La « dépressivité » : quand les épreuves de la vie nous malmènent

En premier lieu, nul n’étant totalement épargné par le tragique de l’existence, tout individu pourrait se trouver un jour ou l’autre, au cours de sa vie, victime de certaines épreuves et contrariétés. Cependant, malgré son impact parfois vif et violent, aucun événement, si malheureux soit-il, comme la perte d’un être cher ou un licenciement, ne peut suffire, à lui seul, à terrasser le sujet, créant chez lui une dépression de toutes pièces. – Moussa Nabati

Quand l’énergie vitale est écorchée, égratignée par les événements malheureux de la vie, elle a besoin d’une période nécessaire de deuil, de cicatrisation pour pouvoir circuler à nouveau.

Moussa Nabati estime qu’il s’agit là d’une « dépressivité saine, normale, naturelle, motivée par un choc repérable, ébranlant partiellement et provisoirement l’adulte, mais sans que son identité s’écroule, émiettée ».

Nabati parle également de dépressivité quand une personne se sépare d’une phase de sa vie afin de se projeter dans un « à-venir plus évolué » (par exemple,  quitter ses parents, affirmer ses choix face à l’entourage, commencer un nouvel emploi, devenir parent…).

Le vécu de cette dépressivité, appelée familièrement « déprime », représente un signe positif de santé et de bon fonctionnement psychique. – Moussa Nabati

Selon ce point de vue, la dépressivité n’apparaît plus comme un synonyme de « maladie », mais elle est le contrecoup normal de tous les petits et grands deuils inhérents à la vie. Etre triste fait alors partie des émotions normales dont la nature nous a dotés pour mobiliser l’énergie et le soutien nécessaires face aux aléas de la vie.

2. La dépression : quand l’énergie vitale se meurt

Moussa Nabati  distingue la dépressivité de la dépression. Il peut arriver qu’une personne, venant de subir une épreuve douloureuse, « décroche » de la vie et de la société. Elle se coupe des autres, elle s’enfonce dans le désespoir, elle perd toute envie (en-vie), n’a plus de forces pour faire face et remonter, même après une longue parenthèse. L’élan vital se fige.

Les trois grandes séries de symptômes définissant la dépression sont : la chute de l’humeur, le blocage et la souffrance morale.

La chute de l’humeur se caractérise par l’ennui, la tristesse, le pessimisme, l’envie de rien, ainsi que par la perte d’estime et de confiance en soi. Le blocage se traduit par l’isolement, le repli sur soi, l’effondrement de l’élan vital, de la volonté, le désinvestissement de la réalité et du travail, une fatigue psychologique aussi bien que physique. Enfin, du fait de la souffrance morale, le déprimé, conscient de son état, est miné par une culpabilité imaginaire et considère négativement toute sa vie comme un échec total et sans espoir, tentant parfois d’y mettre fin.

Nabati considère la véritable dépression comme le fait de se perdre soi-même en perdant quelque chose ou quelqu’un, comme une mort psychique. Toutefois, cette dépression n’est pas occasionnée par le choc subi dans le présent. Moussa Nabati attire en effet notre attention sur le fait qu’il existe deux personnes en chaque être humain : l’adulte et l’enfant.

Pour Nabati, la dépression adulte est en réalité révélatrice de la dépression infantile précoce, en sommeil jusqu’ici et réveillée, révélée, démasquée, dévoilée par le facteur déclencheur dans la vie adulte. Selon lui, ce qui perturbe l’âme enfantine, ce n’est pas le tragique de l’existence, inévitable et quelque part maturant, mais le retour du refoulé, des deuils non accomplis, des pages blanches qu’il a été impossible de tourner.

« Ce qui empêche la vie de se dérouler sainement, ce qui entrave la libre et fluide circulation de l’énergie vitale, n’est donc jamais relatif à la réalité des événements, au tragique de l’existence, mais au déni, à la lutte contre la souffrance, interdisant à celle-ci de s’exprimer pour pouvoir être intégrée, dépassée, voire de se transformer en une force positive et reconstituante. » – Moussa Nabati

Nabati envisage la dépression infantile précoce (DIP) comme une sorte « d’effroi psychique », celui de ne pas être soi-même, de ne pas exister gratuitement dans le cœur des autres (notamment des parents dans la petite enfance), de ne pas être désiré simplement, de ne pas se vivre dans la « gratuité du désir ». Cette DIP entraîne un manque de confiance en soi, c’est-à-dire l’incapacité à se sentir intimement et inconditionnellement vivant, aimable et entier parmi les autres. L’enfant (et l’adulte) craint constamment de ne pas exister, de ne pas compter, de passer inaperçu, d’être transparent ou invisible, dans la mesure où il n’a pas été traité simplement comme un enfant, dans la gratuité de l’amour parental. Le deuil de cette « enfance blanche » (telle une feuille blanche) nécessaire n’a pas pu s’accomplir, pour une raison ou une autre (personne n’a su accueillir les émotions douloureuses de l’enfant d’alors, aucune témoin secourable n’a pu faire office de tuteur de résilience pour le petit enfant en souffrance).

La dépression infantile précoce qui aboutit à une dépression adulte est la manifestation d’une carence narcissique importante dans l’Ailleurs et Avant (c’est-à-dire dans l’enfance). Ce n’est pas tant le drame en soi qui a conduit à la DPI mais surtout le fait que ce drame n’a pas été digéré, par manque d’élaboration et de paroles. Il n’a pas pu être dépassé, c’est-à-dire non pas effacé ou oublié, mais intégré, psychologiquement archivé, se transformant en engrais pour revitaliser le psychisme. La dépression adulte atteste la présence du fantôme lié au drame infantile non accueilli à l’époque.

 

On confond dépressivité (état normal face aux difficultés de la vie) et dépression (état pathologique) quand on néglige l’enfant intérieur

Moussa Nabati regrette que ces deux phénomènes de dépressivité et de dépression soient souvent confondus. Tandis que le premier touche l’adulte et est normal, le second touche l’enfant intérieur et est pathologique.

Cette regrettable confusion pousse d’une part à pathologiser le tragique de la vie en considérant toute douleur morale comme illégitime et anormale, et d’autre part à tenter d’étouffer dans l’œuf, par le recours à la chimie et aux drogues, avec ou sans toxiques, licites ou illicites, l’indispensable processus de deuil. La souffrance psychologique se voit en effet « tabouisée » dans nos cultures modernes, obsédées par la « forme », le « pep », le « punch » ou la « pêche ». Plus personne ne se donne, même temporairement, le droit d’être triste et malheureux. – Moussa Nabati

Selon Moussa Nabati, faire l’amalgame entre l’origine et le facteur déclencheur encourage malencontreusement le déprimé à croire que son mal-être n’est pas de nature psychologique et n’a aucun lien avec son passé personnel, qu’il provient d’un manque réel, d’une frustration extérieure qu’il serait possible de combler en pratiquant telle méthode, en consommant tel produit ou en modifiant tel aspect concret de son existence – logement, travail, compagnon, etc.

Ainsi, Nabati nous invite à prendre conscience du fantôme de notre « enfance blanche » (qui bloque notre énergie vitale et notre croissance), à retrouver le petit enfant que nous étions pour l’écouter, pour accueillir ses souffrances, pour reconnaître l’intensité de ses maux et émotions douloureuses, pour faire preuve d’amour et de compassion à son égard en l’assurant d’un amour et d’un soutien inconditionnels.

Ce qui prouve clairement la maturité d’une personne, c’est sa capacité de rentrer, avec des objets ou des êtres, dans des liens portés préférentiellement par le désir gratuit et non par le besoin addictif. L’adulte devrait être capable de se contrôler, d’attendre, de reporter son désir ailleurs, voire de renoncer, sans que cela devienne un drame. Par contre, l’enfant, prisonnier du besoin vital, exige d’être satisfait tout de suite.

Nabati estime que nous ne pourrons trouver la paix qu’en allant à la rencontre de notre enfant intérieur, à la recherche du sens de sa terreur.

« Ce n’est pas vraiment le sujet qui guérit sa dépression, mais que c’est celle-ci qui vient l’aider de l’intérieur, en lui apportant le message qui l’incite à devenir enfin lui-même, adulte, à cesser d’obéir et de se sacrifier aux autres. » – Moussa Nabati

Il s’avère donc essentiel de repérer le fantôme intérieur à l’intérieur de nous, seul susceptible de nous autoriser à nous trouver bons et aimables, naturellement et sans justification.

« Devenir adulte, émancipé du fantôme, permet de s’aimer, de se respecter tel qu’on est, quels que soient son âge, son sexe, la beauté ou la laideur de son corps, sa position sociale, sa fortune et même son état de santé, sans se comparer aux autres. » – Moussa Nabati

On pourra donc se demander : par qui ou par quoi suis-je si traumatisé.e, dans mon Ailleurs et Avant, pour me trouver à ce point bloqué.e ? Il s’agit certainement d’une souffrance provenant du passé, dans la mesure où elle apparaît foncièrement injustifiée, irrationnelle, sans rapport avec la réalité, immotivée, incompréhensible et, par conséquent, rétive à toute consolation.

Ce travail peut se faire avec un.e thérapeute spécialisé.e dans le travail sur l’enfant intérieur.

 

 

……………………………………………………………………………………………….

Source : Guérir son enfant intérieur de Moussa Nabati (éditions Fayard). Disponible en médiathèque, en librairie ou sur internet.

Commander Guérir son enfant intérieur sur Amazon ou sur Decitre.

Vous aimerez aussi...

  • Les deux faces de l'enfant intérieur Lien entre bonheur et qualité de la relation avec l'enfant intérieur Moussa Nabati, psychanalyste, estime que le bonheur d'une personne ou, à l'inverse, son malheur, dépendent de la nature des liens qu'entretiennent entre eux ses deux Moi, l'enfant et l'adulte. La « maison-soi », à l'image…
  • La codépendance, c'est donner aux autres le pouvoir de définir notre propre valeur. Lorsque nous ne veillons pas sur notre santé ou notre sécurité, c'est parce que notre Adulte ne pense pas que notre Enfant Intérieur le mérite, tout comme nos parents ne le pensaient pas de nous ou d'eux-mêmes.…
  • Apprendre à aimer son enfant intérieur Dans son livre Renouez avec votre enfant intérieur, Margaret Paul propose l'approche de l'Attachement intérieur afin de retrouver notre spontanéité, notre capacité à aimer et notre sensibilité. Même en ayant eu la meilleure enfance, rares sont celles et ceux qui savent ce qu'est de…

Soyez le premier à commenter

Poster un Commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*