Repérer la violence verbale et la maltraitance émotionnelle dans nos relations

Repérer la violence verbale relations

Repérer la violence verbale et la maltraitance émotionnelle dans nos relations

Dans son ouvrage La perversion relationnelle, Yvane Wiart définit la violence verbale par le prisme du contrôle comme tous les moyens utilisés par une personne dans le but de priver une autre personne de sa liberté de mouvement, de pensée, de ressenti. Les contrôles et les interdits ne sont pas toujours explicitement formulés. L’agresseur intervient soit de manière brutale (les interdits sont clairement exprimés soit par des gestes violents ou par des mots, voire des messages non verbaux), soit plus subtilement par un discours visant à persuader ou à dissuader l’autre d’avoir un comportement donné et jugé mauvais.

Pour Yvane Wiart, la violence verbale et la maltraitance émotionnelle passent par la prise de pouvoir, d’abus d’autorité d’un.e conjoint.e ou d’adultes en position de supériorité (chef hiérarchique, parents, enseignants…) qui éprouvent le besoin d’affirmer leur force, « un peu comme ils marqueraient leur territoire ».

Yvane Wiart liste quelques domaines de contrôle qui permettent de repérer si nous sommes victimes de violence verbale et/ ou de maltraitance émotionnelle dans une relation (… ou même agresseurs, par exemple en tant que parents envers nos enfants ) :

  • Contrôle de la liberté de mouvement (interdiction d’aller à tel ou tel endroit, de fréquenter telle ou telle personne, de pratiquer telle ou telle activité…)
  • Contrôle des fréquentations (critiques des amis et/ou de la famille, préjugés racistes/ sexistes/ homophobes…)
  • Contrôle du comportement (sous forme de reproches, de sous entendus, de chantage…)
  • Contrôle des moyens financiers (gestion unilatérale des comptes, privation d’autonomie financière, prise de pouvoir par le contrôle des comptes…)
  • Contrôle des goûts (critique sur les habits, humiliation sur les choix vestimentaires/ culinaires/ culturels…)
  • Contrôle de la pensée (censure, répression émotionnelle, refus du droit à l’erreur, dévalorisation…)
  • Contrôle de l’espace sonore (mettre la musique à fond, imposer des programmes tv/ radio, parler fort…)
  • Contrôle du temps (arriver en retard, faire attendre systématiquement, rater un rendez-vous, s’absenter sans prévenir, reprocher à l’autre l’usage qu’il fait de son temps…)
  • Contrôle de l’espace physique (ouvrir le courrier de l’autre, lire le journal intime, fouiller les poches ou le téléphone, ne pas respecter le besoin de solitude, empêcher de dormir, contraindre à des relations sexuelles, conduire comme un chauffard avec l’autre à bord et qui manifeste pourtant sa peur…)
  • Contrôle de la communication (couper la parole systématiquement, s’enfermer dans le mutisme, bouder, stopper une conversation unilatéralement, refuser la conversation…)

Yvane Wiart rappelle que les interdits ne sont pas toujours explicitement formulés mais peuvent prendre la forme de manipulations verbales (chantage, reproche, critiques, culpabilisation, « fais moi plaisir »).

Il est évidemment plus facile de reconnaître les moyens utilisés pour parvenir au contrôle de l’autre quand ils sont physiques ou qu’ils relèvent des insultes, des menaces et des ordres coercitifs. Cependant, il existe des discours moins systématiquement perçus comme violents mais qui blessent autant (et parfois davantage) car on n’en est pas conscient et qu’il nous est difficile de nous en protéger.

Yvane Wiart propose une liste de violences verbales qui traduisent un manque de respect et une privation de liberté :

  • le chantage/ les menaces (Si tu fais ça, alors je vais faire ça)
  • la culpabilisation (Tu ne peux pas me faire ça après tout ce que j’ai fait pour toi !)
  • la dévalorisation (Oui, pas mal cette idée mais pas fulgurante non plus)
  • la sape (Et tu penses que ça va intéresser qui cette idée, franchement ???)
  • la contradiction systématique de ce que dit l’autre (Il fait beau aujourd’hui ! Pas si beau que ça, tu veux dire !)
  • les jugements et les critiques (Tout ça, c’est du cinéma pour attirer l’attention !)
  • les accusations et reproches (T’es jamais content.e ! C’est de ta faute si on en est là !)
  • les fausses plaisanteries (Encore une femme au volant ! Y a pas moyen de blaguer/ t’as pas le sens de l’humour !)
  • les blocages et diversion (Je ne vois pas du tout où est le problème -> puis change de sujet et coupe la conversation/ Qu’est-ce que ça peut bien te faire !)
  • les oublis et promesses rompues (Ah, j’ai dit ça ? Désolé.e, je ne m’en souviens pas)
  • les retenues et refus de partager (Je ne vois pas l’intérêt d’en parler !)
  • le silence (absence de réactions, d’excuses…)
  • le discrédit (C’est pas la fin du monde non plus !)
  • le déni (J’ai jamais dit ça ! C’est toi qui es de mauvaise foi)

Méconnaître ces catégories fait courir le risque d’être victime d’agression verbale sans le savoir, et d’être auteur d’agression verbale sans le savoir non plus ! – Yvane Wiart

Yvane Wiart nous invite donc à la fois à la vigilance et à la lucidité (sur nous et sur les autres), d’autant plus qu’il existe une escalade dans l’agression verbale. Cette vigilance et cette lucidité passent par une (re)construction des mécanismes de perception de soi, d’autrui et de la communication plus sains et plus efficaces « pour aboutir à une intimité relationnelle et une authenticité, gages de santé et de bonheur futurs ».

S’engager dans une processus d’Analyse Transactionnelle, connaître les effets de la mémoire traumatique et pratiquer la Communication Non Violente peuvent être des appuis solides en ce sens.

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Source : La perversion relationnelle : Comment vaincre la violence psychologique ? de Yvane Wiart (éditions Le Souffle d’Or). Disponible en médiathèque, en librairie ou sur internet.

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