Violence et mémoire traumatique : Il est dangereux de ne pas comprendre les vrais mobiles de nos actions

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Violence et mémoire traumatique : Il est dangereux de ne pas comprendre les vrais mobiles de nos actions

Alice Miller était psychothérapeute, pionnière dans l’étude des conséquences des violences éducatives y compris dite ordinaire (fessée, claque, humiliation, chantage, menace, isolement, jeux de pouvoir…) sur le psychisme humain.

Selon elle, les enfants qui font dès le début de leur vie l’expérience de l’amour, du respect, de la compréhension, de la gentillesse et d’un soutien affectueux, développent évidemment d’autres traits de caractère qu’un enfant qui se heurte dès le départ à l’abandon, la négligence, la violence ou la maltraitance, sans avoir près de lui une personne bienveillante qui lui permette de croire à l’amour.

Elle affirme que les humains ne naissent pas mauvais mais que tout dépend de la façon dont une personne a été accueillie à sa naissance et traitée par la suite. 

Alice Miller a étudié la biographie de plusieurs dictateurs (dont Hitler) et a remarqué que, quand manquent la bientraitance et l’empathie dans l’enfance, l’enfant aura tendance à glorifier la violence qu’il a subie et à l’exercer lui-même plus tard, sans limite, chaque fois qu’il le pourra (s’il n’a pas rencontré de témoin lucide à un moment ou un autre qui lui a témoigné de l’affection ou s’il n’a pas fait de travail conscient sur son histoire à l’âge adulte).

Car chaque enfant se forme par l’imitation. Son corps n’apprend pas ce que nous voulons lui inculquer par des mots, mais ce qu’il vit par lui-même. De ce fait, un enfant battu et maltraité apprend à battre et à maltraiter, alors qu’un enfant protégé et respecté apprend à respecter et à protéger les plus faibles que lui.

Ainsi, Alice Miller nous invite tous et toutes en tant qu’adultes à choisir de savoir et de nous connaître nous-mêmes, au lieu de nous laisser conduire par le savoir émotionnel et inconscient de notre corps, lequel nous maintient dans la peur de la vérité (à savoir celle de ne pas avoir été aimé de manière inconditionnelle, de ne pas avoir été accepté tel qu’on était, d’avoir été prétendument aimé et maltraité en même temps par des fessées, des punitions, des menaces…).

Munis de connaissances actuelles, nous pouvons arriver progressivement à d’autres représentations et d’autres solutions que celles qui nous ont été transmises par une tradition millénaire de violences, de répressions et de représailles, avec la faiblesse, l’ignorance et la peur qui se cachent derrière. Si nous restons englués dans nos schémas inconscients gouvernés par notre mémoire traumatique, nous n’apprenons rien des faits qui s’offrent à nous en permanence.

Les adultes qui perpétuent par leurs actions la tradition des jeux de pouvoir, des punitions/ récompenses et de la vengeance restent prisonniers des humiliations refoulées qu’ils ont subies dans leur enfance sous une forme ou une autre (violence physique et/ou verbale) et qu’ils transmettent inconsciemment à la génération suivante.

Il est dangereux de ne pas comprendre les vrais mobiles de nos actions. La connaissance de notre histoire peut nous libérer d’avoir à fuir encore inutilement des dangers révolus (la peur de perdre l’amour des parents signifiant un danger de mort dans l’enfance), à employer des stratégies inadaptées et à rester émotionnellement aveugles.

Nous pouvons adopter des solutions neuves à partir du moment où nous comprenons que l’humiliation d’autrui et les jeux de pouvoir n’apportent pas de solutions réelles et durables mais que cela génère au contraire dans l’éducation (comme en politique) de nouveaux foyers de violence.

Il n’est jamais trop tard pour apprendre à faire autrement (communiquer avec empathie, accueillir ses propres émotions et celles des autres, se traiter avec bienveillance, raisonner en termes de besoins pour soi et les autres, guérir son enfant intérieur, éduquer les enfants dans la bienveillance).

 

Pour approfondir :

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Source : article en Audio d’Alice Miller « D’où vient le mal dans le monde et comment se génère-t-il? »

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