Violence psychologique : ce qui se joue et comment faire que cela s’arrête (Analyse Transactionnelle)

violence psychologique

Les signes de reconnaissance et leur économie (Analyse Transactionnelle)

Les quatre catégories de signes de reconnaissance

Le courant de l’Analyse Transactionnelle considère que l’être humain a besoin de « stimuli sociaux » (des interactions avec d’autres humains au cours desquelles il se sent exister) et qu’il est donc à la recherche d’interactions au quotidien, quel que soit son âge.

L’Analyse Transactionnelle parle de signes de reconnaissance pour désigner la manière dont autrui valide notre existence et notre valeur à ses yeux et dont nous lui communiquons, de manière réciproque, notre intérêt pour lui. Les signes de reconnaissance recouvrent deux réalités : les signes conditionnels qui s’appliquent à ce que la personne fait et les signes inconditionnels qui s’appliquent à ce que la personne est. Ces signes peuvent être positifs (compliments) ou négatifs (critiques). En combinant ces différents critères, on obtient quatre catégories de signes de reconnaissance :

  1. inconditionnels positifs (je t’aime, tu es intelligent…)
  2. inconditionnels négatifs (tu es nul, tu ne comprends jamais rien…)
  3. conditionnels positifs (je t’aime quand/si tu fais ci ou ça, ton travail est super)
  4. conditionnels négatifs (je ne t’aime pas quand/ si tu fais ci ou ça, ta réaction est bête)

L’économie des signes de reconnaissance

L’Analyse Transactionnelle parle d’économie des signes de reconnaissance. Cette économie suppose qu’un signe, quelle qu’en soit sa nature, vaut mieux que pas de signe du tout. Ces signes de reconnaissance suivent les mêmes règles qu’une monnaie (abondance, pénurie, thésaurisation). Il existe plusieurs règles implicites dans l’économie des signes de reconnaissance :

  • on n’est pas censé réclamer des signes positifs
  • on n’est pas censé s’en donner à soi-même
  • on est censé accepter les signes de reconnaissance négatifs même s’ils ne font pas plaisir

Pour les humains, les signes de reconnaissance positifs sont agréables et les signes de reconnaissance négatifs sont désagréables (mais moins désagréables que pas de signe du tout). Les signes positifs inconditionnels sont les plus agréables de tous.

Selon la manière dont on a été élevé et le type de signes de reconnaissance que l’on a reçus en majorité, on a appris à attendre et à se sentir à l’aise avec une catégorie plutôt qu’une autre.

Par ailleurs, l‘absence de signes de reconnaissance est insupportable pour les humains donc les humains vont accepter, voire rechercher, les signes de reconnaissance négatifs si aucun signe positif ne semble accessible.

De même, une personne qui n’a pas été habituée à recevoir des signes de reconnaissance positifs se sent mal à l’aise quand elle en reçoit. Elle a l’impression désagréable que ces compliments ne lui sont pas destinés, qu’elle ne les mérite pas, voire qu’ils cachent une intention manipulatoire. Ainsi, ces personnes vont s’arranger pour ne pas recevoir de signes positifs, en dévalorisant leur valeur ou en sabotant la relation pour s’assurer de recevoir des signes négatifs.

Enfin, un être humain qui a reçu beaucoup de signes de reconnaissance négatifs a appris à donner et recevoir de tels signes comme une manière « normale » d’être en relation avec les autres humains. Ces personnes vont donc échanger en priorité des signes de reconnaissance négatifs avec les autres. Comme ces personnes disposent de peu de signes de reconnaissance positifs, elles les conservent jalousement (elles sont avares en compliments), de peur de ne pas pouvoir être réapprovisionnées.

L’économie des signes de reconnaissance pour expliquer le mécanisme de la violence psychologique

Yvane Wiart, chercheuse en psychologie, applique dans son livre  La perversion relationnelle le principe de l’économie des signes de reconnaissance aux relations agresseurs/ victimes pour comprendre le mécanisme de la violence psychologique.

Une victime se fait agresser sans s’en rendre compte parce qu’elle a pris l’habitude de recevoir des signes négatifs (et de ne pas en recevoir de positifs). La victime peut également se retrouver agressive presque malgré elle par la redistribution des signes négatifs qu’elle a reçus.

Un agresseur donne en priorité des signes de reconnaissance négatifs (les seuls à sa disposition) et ne voit pas pourquoi la victime s’indignerait de ce traitement (puisque lui-même a appris à trouver ce type d’échange parfaitement normal).

L’absence de réactions (retrait, oubli, silence…) est synonyme d’absence de signes de reconnaissance. Or cette absence est intolérable pour un humain qui a besoin de signes de reconnaissance : ainsi, une victime peut chercher par tous les moyens à faire réagir l’autre, quitte à provoquer une « scène » où les critiques et agressions verbales seront vécues comme moins pires que l’absence de communication (et le rejet dans l’inexistence).

Sortir de la violence psychologique

Quand on agresse : s’excuser

Savoir s’excuser quand on se rend compte qu’on a blessé une personne (ou quand une personne nous fait remarquer qu’une parole était blessante même si ce n’était pas notre intention) est un pas vers la lutte contre la violence psychologique.

A ce titre, les excuses ne sont ni une marque de faiblesse, ni un signe de soumission.

Si la personne blessée n’accepte pas ces excuses et agresse en retour, alors on devient victime d’un vrai agresseur. Il est alors inutile de poursuivre la conversation car l’autre n’y trouvera que des prétextes à enfoncer davantage sa victime.

Quand on est victime : reformuler

On se rend compte généralement intuitivement que quelque chose ne va pas dans l’échange (critique, déplacement ou évitement du sujet, chantage, menace, culpabilisation…). Le principal problème est d’oser dire qu’on ne se sent pas à l’aise dans l’échange.

Yvane Wiart conseille d’apprendre à reformuler en reprenant le sens des propos tenus par l’autre et à lui demander si cette reformulation correspond à ce qu’il a voulu dire.

Si l’interlocuteur est de bonne foi, il reconnaîtra qu’il a été maladroit (ou que ses propos n’étaient pas assez clairs pour être compris). Il devrait s’ensuivre une discussion ouverte pour dissiper les malentendus.

En revanche, ce ne sera pas le cas si l’interlocuteur est un agresseur. Il va sûrement prendre la mouche et intensifier son agression (en s’en prenant par exemple aux capacités intellectuelles « limitées » de la personne qui reformule et demande clarification).

Wiart rappelle que les victimes régulières de violence psychologique ont du mal à prendre conscience qu’elles se font agresser (et donc à se protéger) parce qu’elles ont été conditionnées à trouver la violence psychologique normale et acceptable (parfois, elles ont même appris que la maltraitance émotionnelle et la violence verbale sont des marques d’amour). Ainsi, ces personnes, dès l’enfance, ont appris à éviter certaines questions ou propos pour ne pas risquer de mettre le parent en colère et subir ses foudres. Pourtant, ces précautions ne suffisent souvent pas et les agresseurs continuent leurs agressions… si bien que les victimes se sentent coupables, se croient folles et peuvent tomber malades.

Ce que les victimes régulières de violence psychologique doivent apprendre à modifier est le conditionnement à l’acceptation de la manipulation et du non respect de soi.

Dans tous les cas, le principe face à une agression caractérisée est qu’il n’y a aucun courage à la supporter, pas plus qu’aucune humiliation à la fuir, c’est au contraire une question de bon sens et de survie, pour un bien-être autant psychique que physique. -Yvane Wiart

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Source : La perversion relationnelle : comment vaincre la violence psychologique ? de Yvane Wiart (éditions Le courrier du livre). Disponible en médiathèque, en librairie ou sur internet.

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