Se libérer des violences psychologiques subies dans l’enfance

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Comprendre le mécanisme des violences psychologiques

 

Dans l’émission de radio RCF Vers une parentalité bienveillante du 1er juillet 2019, Anne-Laure Buffet, psychothérapeute, est intervenue sur le thème des prisons familiales et des violences psychologiques. Elle y a défini les violences psychologiques et proposé des pistes pour les comprendre et s’en libérer.

Les violences psychologiques sont invisibles

Les violences psychologiques sont invisibles et donnent l’impression à la personne qui en est victime d’être dans le brouillard, dans une perte de repères et de capacité à s’exprimer (ressentir, parler, agir). Une grande partie des personnes victimes de violence psychologique a l’impression de perdre la raison et a continuellement peur que leur message ne soit pas écouté, entendu et compris (puisque disqualifiés depuis des mois/ années par l’auteur des violences psychologiques).

La personne autrice de violence psychologique participe à cette confusion, et ce de manière souvent consciente avec une intention de créer un effet brouillard opaque et dense chez sa victime qui est tellement confuse qu’elle en vient à ne plus savoir ce qu’elle ressent, ce qu’elle “doit” dire, ce qu’elle doit faire. Qui elle est est interdit à la personne victime de violence psychologique.

La violence psychologique se caractérise par la répétition, par une récurrence dans le comportement de l’auteur : quoiqu’il se passe, la réponse sera empreinte de violence (culpabilisation, injure, humiliation, dénigrement, censure des émotions, contradiction permanente pour invalider les goûts…) dans une intention de blesser l’autre, de l’inférioriser, de prendre le pouvoir.

La personne autrice de violence psychologique ne change pas, même si la victime lui fait part des ses émotions, de sa souffrance et formule des demandes en vue d’un changement.

Il est difficile de prouver la violence psychologique précisément parce qu’elle est invisible.

Prendre conscience qu’on est (ou a été) victime peut être long et douloureux

Les victimes de violence psychologique peuvent être très étonnées de s’entendre dire que les comportements qu’elles supportent sont de la violence psychologiques. Certaines d’entre elles vont jusqu’à refuser ce terme car cela signifie qu’elles auraient subi et surtout accepté cette violence jusque-là. D’autres sont à la fois rassurées (elles ne sont ni folles ni malades) et confuses parce que cela signifie que c’est l’autre qui est dysfonctionnel (cela peut être difficilement acceptable quand c’est le parent ou le conjoint et qu’on a toujours connu cette “normalité”). Certaines victimes vont jusqu’à protéger la personne qui les maltraite et l’excuser.

Il est important de rappeler que toutes les violences psychologiques n’émanent pas de pervers narcissiques. Ainsi, vivre avec quelqu’un qui est fondamentalement jaloux et qui va petit à petit enfermer sa victime et la contrôler constamment, voire la menacer, par peur de la perdre relève de la violence psychologique mais cette personne n’est pas perverse narcissique.

De même, vivre avec une personne dépendante affective peut amener à des violences psychologiques parce que cette personne est dans une exigence permanente du lien, de la réassurance et de la protection, privant l’autre de sa liberté de déplacement.

Parler de violence psychologique, c’est s’intéresser aux comportements du bourreau à l’origine de la souffrance mais c’est aussi (et surtout) s’intéresser à la victime. La victime est beaucoup moins elle-même à sa propre vie. Elle se renferme, elle peut avoir des symptômes physiques (le plexus solaire qui se contracte, le dos qui souffre, migraines, muscles tendus…).

Son entourage et elle-même ne s’en rendent pas forcément compte.

Pourtant, une autre normalité est possible et est accessible.

Le cheminement de la victime de violences psychologiques : s’aimer soi, se protéger, se mettre en sécurité (ce que fait normalement un parent bienveillant)

Ce qu’est supposé faire un parent : être un tuteur auprès duquel il fait bon grandir

Les adultes bienveillants permettent aux enfants de se construire un capital psychique sain et solide. Ce sont des tuteurs de résilience qui stimulent le développement de l’enfant, lui permettent d’acquérir une estime de soi et d’ancrer des croyances valorisantes. – Anne Laure Buffet

Les enfants ont besoin d’être nourris à tout point de vue : biologique (nourriture, eau, air) et affectif (soins, attention, temps, affection).

L’enfant a besoin dès sa prime enfance d’être considéré, y compris dans le ventre de la mère. Les jeunes enfants ont besoin qu’on s’adresse à eux et qu’on les voit, qu’on prenne plaisir à passer du temps en leur présence.

Si un humain ne peut pas se dire “enfant, j’ai reçu de l’affection et de la protection, j’ai eu quelqu’un qui m’a considéré comme un être humain”, il est marqué par une peur incontrôlable d’être considéré comme un objet tout au long de la vie. Il lui sera alors difficile de constituer un lien émotionnel fiable, solide et authentique avec les autres.

Nous avons tous besoin en tant qu’être humains d’avoir des regards qui nous touchent plutôt que des têtes qui se tournent. – Anne Laure Buffet

(Re)définir ce qu’est “aimer” et prendre soin

Guérir des violences psychologiques invisibles, c’est apprendre progressivement à être soi-même, c’est se reconnecter à ses sensations propres, ses émotions personnelles, ses goûts et motivations intrinsèques.

Cela passe par le fait de comprendre ce que veut dire aimer, avoir de l’affection pour quelqu’un (y compris pour soi). Se malmener, se maltraiter en se censurer ou en se traitant de nul n’est pas de l’amour. On ne peut pas aimer et maltraiter en même temps; amour et violence ne peuvent jamais être compatibles.

Au-delà d’accepter le fait d’avoir été une victime de violence psychologique, il convient de se demander : “de quoi ai-je besoin ?“. En tant qu’humains, nous avons avant tout besoin de vivre toutes nos émotions, de nous laisser traverser par elles et de nous consoler nous-mêmes en les accueillant avec auto-empathie (“oui, c’est vrai, j’aurais tellement voulu être aimé telle que j’étais”, “j’ai tellement souffert de ce désintérêt”, “oui, ça me rend immensément triste de me rendre compte que… et je vais pleurer toutes les larmes de mon corps”, “je suis tellement en colère de ne pas avoir été respecté comme j’en avais le droit, j’ai envie de tout casser”).

Grandir en capacité à être et à ressentir

Anne-Laure Buffet rappelle que, quand un enfant est victime de violence psychologique, il reste infantilisé même en grandissant et qu’il grandit avec les interdits formulés par ses parents. Pourtant ces interdits ne sont ni des interdits formels, ni des interdits sociaux, ni des interdits rédhibitoires. Il est possible de les transgresser et l’enfant devenu adulte peut décider de se réapproprier sa propre vie, se donner des droits (avec de l’aide thérapeutique si besoin).

Quand une personne victime de violence psychologique dans l’enfance se libère de cette emprise, tout se passe comme si elle raisonnait comme un adolescent qui s’oppose et se rebelle. Elle se met à grandir avec les oppositions nécessaires au détachement.

Le processus de guérison passer par une modification du comportement, en passant de l’anecdotique au très important, y compris en claquant des portes, en boudant, en disant des non tonitruant ou en exigeant (tous les comportements stigmatisés chez les ados mais qui servent précisément au détachement !).

Ces personnes peuvent ne pas très bien comprendre ce qui leur arrivent car elles avaient l’habitude d’être très gentilles. En fait, elles sont simplement en train de grandir en capacité à être et à ressentir. Elles affirment leurs limites personnelles, elles font des erreurs dont elles tirent des leçons et s’approprient des parts d’elles-mêmes jusque là tues et enfouies. Elles se reconnaissent des compétences et des valeurs et s’autorisent enfin à s’apprécier elles-mêmes.

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Pour aller plus loin : Les prisons familiales : se libérer et guérir des violences invisibles de Anne-Laure Buffet (éditions Eyrolles). Disponible en médiathèque, en librairie ou sur internet

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