Une prise de conscience des mécanismes émotionnels est nécessaire pour ne pas basculer dans la violence

Une prise de conscience des mécanismes émotionnels est nécessaire pour ne pas basculer dans la violence

Les lois des émotions : notre monde interne et les relations interpersonnelles

Les déclencheurs émotionnels agissent sur des boutons internes personnels et produisent des réactions différentes

Nous avons tous déjà constaté à quel point deux personnes peuvent réagir totalement différemment à un même déclencheur : une personne ne remarquera même pas qu’elle a été bousculée quand une autre entrera dans une fureur noire alors qu’une troisième en viendrait presque à s’excuser d’avoir été bousculée. Et nous-même pouvons réagir différemment à une même situation selon notre niveau de fatigue ou de stress.

Le déclencheur émotionnel (ex : une bousculade, une réprimande du patron, un retard du conjoint, une maladresse d’un enfant…) agit sur un “bouton” interne différent en fonction de nos histoires personnelles, de nos croyances, des influences de la société dans laquelle nous vivons…

Si nous sommes touchés par un événement extérieur, c’est qu’il y a un récepteur interne qui a décodé cet événement pour nous, de manière unique et personnelle. Les dynamiques que nous observons chez les autres se retrouvent chez nous (même si nous n’avons pas les mêmes boutons internes ni les mêmes stratégies pour combler nos besoins).

On peut comparer ce mécanisme à une montagne sous le brouillard ou à un iceberg :

  • la partie émergée (le sommet de la montagne ou de l’iceberg) est l’événement extérieur, le déclencheur;
  • la partie immergée (cachée sous le brouillard ou sous l’eau) est le bouton interne, principalement inconscient (en lien avec des émotions de tristesse, de peur et de honte du passé).

Les effets de notre monde interne inconscient : une pensée rigide et de la violence

Ce monde interne inconscient colore tout ce que nous percevons : si nous portons des lunettes roses, nous voyons le monde en rose; si nous portons des lunettes bleues, nous voyons le monde en bleu.

La plupart d’entre nous n’est même pas consciente de l’existence de ce monde interne (puisqu’il est par définition inconscient)… jusqu’à ce qu’il soit déclenché par un stimulus de l’environnement externe. Les problèmes interviennent justement quand les gens ne se rendent pas compte qu’ils portent des lunettes. Cela conduit à des conflits insolubles parce que chacun pense qu’il a raison et que l’autre a nécessairement tort.

Ce type de raisonnement “j’ai raison, les autres ont forcément tort” empêche d’aller creuser les émotions, les besoins, les aspirations profondes qui motivent nos actions.

Cette pensée rigide conduit souvent à la colère, voire à la violence, car elles activent un besoin de défense : “je ne peux pas avoir tort; si j’ai tort, cela signifie que tout ce que j’ai cru jusqu’à maintenant était faux et donc que ma personnalité, mes repères, mon identité sont faux”.

La nature humaine est ainsi fait que, quand nous sentons notre dignité en danger, nous réagissons par la colère afin de défendre nos limites personnelles. Quand la colère n’est pas canalisée, elle peut se transformer en violence. Or il y a souvent de la peur derrière la colère : peur de perdre des repères, peur de ne plus être aimé, plus d’être abandonné, peur de mourir même (l’abandon et l’exclusion sont synonymes de mort dans le cerveau archaïque humain).

Une prise de conscience des mécanismes émotionnels est nécessaire pour ne pas basculer dans la violence

Savoir reconnaître quand un de nos boutons internes a été activé

Il est très difficile de se reconnecter à l’élan d’empathie et d’auto-empathie quand un déclencheur a activé notre bouton émotionnel interne. Mais difficile ne veut pas dire impossible. Nous pouvons apprendre à faire une pause quand nous sentons que nous partons dans un état de colère disproportionné (signe que l’émotion n’est pas adaptée à la situation mais qu’elle vient de la pression d’un bouton interne).

Cette prise de conscience permet de ne pas basculer dans la violence.

Savoir reconnaître quand un de nos boutons internes a été activé aide à prendre du recul, à faire une pause, à se connecter aux sensations ressenties dans le corps plutôt qu’à se laisser mener par les émotions inconscientes.

Une phrase qui peut aider avec le/la conjoint.e ou avec les enfants est : “C’est vrai, je suis vraiment en colère contre lui/ elle et je n’oublie pas que je l’aime.”

Apprendre à raisonner en termes de besoins

Raisonner en termes de besoins est vraiment primordial : selon les ressources dont nous disposons à l’instant T et notre disponibilité émotionnelle, nous pouvons soit identifier les besoins qui poussent l’autre à agir comme il le fait, soit nous exprimer sur nos propres besoins ou bien prendre un temps de pause.

Quand nous sommes bien ancrés et au clair avec nos déclencheurs, nous pouvons faire preuve d’empathie pour l’autre. Quand nous ne sommes pas au clair, nous devons d’abord nous accorder un temps d’auto-empathie ou un temps de pause (sinon, gare à l’explosion émotionnelle !).

Ignorer les émotions ne nous rend pas plus rationnels, plus performants ou plus efficaces. Quand on n’a pas conscience des processus émotionnels qui nous gouvernent (nous-mêmes et les autres), nous sommes fortement démunis dans les relations humaines.

Notre cerveau émotionnel prend toujours le dessus sur le cerveau rationnel et c’est un principe neurobiologique de survie. Les émotions ne sont pas volontaires, elles ne résultent pas d’un processus conscient : elles émergent quand le corps perçoit à travers les sens un stimulus (de danger pour la colère, le dégoût et la peur, de séparation ou perte pour la tristesse, de complétude pour la joie). Les émotions ne sont pas bonnes ou mauvaises : elles “sont” et envoient des messages au service de la vie.

Quatre questions pour désamorcer

Quand nous sentons que notre bouton interne est activé, nous pouvons nous poser ces quatre questions :

  1. qu’est-ce qui est activé en moi ? qu’est-ce qui est touché ?
  2. de quoi ai-je peur ?
  3. qu’y a-t-il sous ma peur (en référence à l’image de la montagne ou de l’iceberg) ?
  4. de quoi ai-je besoin de prendre soin en moi ? quelle partie de moi est vulnérable et a besoin d’être pansée ?

Une fois ces questions répondues, une fois ce temps d’auto-empathie accordé, alors nous aurons plus de ressources pour ne pas contre-attaquer mais faire preuve d’empathie envers l’autre.

Dès que nous commençons à gagner en intelligence émotionnelle, nous devenons plus compétents pour comprendre ce qui se passe chez l’autre, ce qui est activé chez lui, ce qui le motive à agir ainsi. Cela nous permet d’identifier les besoins de l’autre, de les reconnaître (à défaut de pouvoir les combler) sans chercher à savoir qui a tort ou qui a raison.

Les humains sont tous capables de faire preuve d’empathie compassionnelle mais cette capacité à l’empathie compassionnelle est souvent enterrée sous une montagne d’émotions inconscientes. Souffler sur le brouillard qui cache la base de la montagne, c’est pouvoir faire preuve à nouveau d’empathie compassionnelle, pour soi et pour les autres.

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Source : Emotional laws are the answer for better relationships: Diana Wais at TEDxThessaloniki

 

 

 

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